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For Emma, Forever Ago

archive mag juin 2008
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Bénie soit cette mystérieuse Emma ! Elle a bien fait de quitter Justin Vernon. Le pauvre n’a pas supporté la rupture et s’est reclus, trois mois durant, dans une cabane de chasse au fin fond du Wisconsin. C’est bien légitime. Pas spécialement porté sur le gibier, ce compagnon de The Rosebuds n’a ramené qu’un seul trophée, For Emma, Forever Ago. Cette rupture amoureuse et la monotonie hivernale ont influencé ses chansons frêles et sans âge. Trempé dans la réverb’, le falsetto nasillard et mélodieux de Vernon fait planer sur ce folk dépouillé un souffle soul bienvenu qui brise l’ascétisme attendu (l’élégiaque Re: Stacks, improbable duo entre Neil Young et Marvin Gaye, ou la poignante Skinny Love, déchirée entre couplets vespéraux et refrains plein d’entrain). Tout au long de cet album en clair-obscur, la voix fantomatique de Vernon survole un horizon musical aussi chenu que chaleureux – l’étrange mantra The Wolves se conclut en un feu de camp qui sonne comme un feu d’artifice. On l’a deviné, les histoires contées ici ne respirent pas la gaieté, mais ne sombrent pas dans l’apitoiement facile : Vernon joue avec les sonorités, use et abuse des consonances pour créer un vocable personnel, une narration à deux voix imaginaires, solitude oblige. Conscient qu’il ne peut tout faire seul, Justin redescend en ville pour y débaucher John Dehaven et Randy Pingrey, trompettiste et trombone sommés de cuivrer For Emma, merveilleuse pop song qui ne dit pas son nom. Si avec tout ça, Emma ne revient pas, c’est en s’en mordre les doigts et retourner dans les bois.

Thibaut Allemand

magazine num 121 article extrait de :
MAGIC RPM #121


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