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Think Tank de Blur

chronique d'album
Quatre ans ! Jamais Blur ne nous avait laissés mijoter si longtemps entre deux albums. L’attente a été d’autant plus difficile qu’Albarn et les siens ont ponctué leur absence d’une bien jolie manière (albums solos, projets parallèles, musique de film, best of et autres collaborations), accentuant la curiosité du public quant à leur supposé retour – du teasing, comme disent les chantres du marketing.

Ainsi, la question fut vite de savoir comment le groupe parviendrait-il à conjuguer les aspirations mélodiques lo-fi de Graham Coxon avec les frasques hip pop de Damon Albarn, dont le sensationnel et farfelu projet Gorillaz tendait à phagocyter la notoriété et le dessein de Blur. Le programme s’annonçait donc alléchant jusqu'à ce que le guitariste binoclard fût débarqué. D’ailleurs, ceux qui, horrifiés, ont entendu Damon vanter les talents de Norman Cook y virent un début d’explication… D’autant plus que monsieur Fatboy Slim cosigne le morceau le plus faible de ce septième album (Crazy Beat) : une horripilante rengaine punk, vague démarque de Song 2.

Voilà pour les mauvaises nouvelles... Pour le reste, comme le préfigurait le splendide single Out Of Time, vous trouverez ici ce que Blur a enregistré de mieux depuis Parklife. C’est d’abord Ben Hillier (U2, Elbow, Tom McRae) qui a incroyablement produit l’ensemble (ou presque). Ensuite, Albarn n’a jamais aussi bien chanté : de sa voix timide et bouleversante, il illumine la collection de chansons feutrées et délicates formées de Good Song, Sweet Song, seul titre où Coxon est crédité. Enfin, c’est surtout sa manière d’écrire et d’assembler la musique que le néo-trio semble avoir remise en cause : breakbeats et motifs prédécoupés constituent les fondations de ce disque sans jamais faire défaut aux compositions. Ainsi, les rythmes synthétiques de Caravan, Ambulance et On The Way To The Club déroulent le tapis à d’exquises et imparables mélodies.

Plus ludiques, les guitares world de Brother And Sister injectent un groove mutin délicieux. Au cours d’imprévisibles figures libres, le groupe s’égare volontairement vers des digressions avant-gardistes aussi inattendues que jubilatoires (le sax free jazz de Gene By Gene. Bien mieux que dissiper nos craintes quant aux talents intarissables de Blur en matière de songwriting, Think Tank le place tête de série numéro 1 au tableau de la pop moderne. Quant à Gorillaz, il ne sera jamais rien d’autre qu’un excellent sparring-partner.
Sylvain Collin
MAGIC RPM  #71
article extrait de :
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