N'en déplaise à Oasis, le groupe qui a le mieux épousé la dernière décennie reste Blur. En phase avec son nom qui signifie "flou" et à l'opposé du monolithe mancunien, Blur a successivement (ou simultanément) été baggy, noisy, mod, brit pop, slacker, expérimental... Cette démarche transformiste héritée de Bowie a permis au quatuor de fêter l'an passé ses dix ans de carrière avec un coffret dont le présent The Best Of serait le "digest" à l'attention de ceux qui n'auraient retenu d'une discographie impressionnante que Girls & Boys ou Song 2 n'était l'excellent nouveau single Music Is My Radar. Il fallait bien ce manifeste, plus Can que festival de Cannes, en forme de cri du coeur après Thirteen, sixième album des plus durs à avaler sans parler des rumeurs persistantes de carrière solo de Damon Albarn et des excursions répétées du guitariste Graham Coxon, dont la dernière en date avec le jazzman Courtney Pine. Dix-huit morceaux, peu de déchets, des oublis (Advert, morceau de bravoure inusable en concert, extrait d'un formidable second album réduit ici à la portion congrue avec le seul For Tomorrow) et une question logique à la lumière de l'implication des quatre Britons dans une mission d'exploration de la planète Mars : Blur voulait décrocher la lune, 2001 sera-t-il le chapitre final de son odyssée ?