Pendant soixante-dix minutes (durée presque inconcevable pour un groupe issu de la scène CBGB's), Blondie s'emploie à nous convaincre que No Escape (1999) n'était pas qu'une simple tentative de résurrection, entre deux participations de Debbie Harry à un album des Jazz Passengers, mais le point de départ d'une véritable deuxième carrière. Après un improbable début à consonance rap (Shakedown, qui n'égale ni ne rappelle la tentative réussie de Rapture), le trio fondateur Burke/Stein/Harry prouve effectivement que, sur au moins une moitié des quatorze morceaux proposés, il parvient non seulement à écrire des chansons réminiscentes de son glorieux passé, mais aussi et simplement des compositions tout à fait viables dans un bon jour (le single Good Boys, dont la vulgarité cheap passe très bien). La première qualité de ce nouvel opus est donc, à l'heure où l'on se demande comment évoquer encore le son 80's, de ne pas se rapporter à la production new-yorkaise de ces trois dernières années tout en étant produit d'une manière telle qu'il aurait pu sortir au milieu des années 1980, quand Miami Sound Machine était un groupe important. La production joue même de sa tangible ringardise avec un certain bonheur, sauf quand elle convoque Giorgio Moroder, en souvenir de Call Me. Cette participation du Munichois est symptomatique d'un souci de se souvenir de son histoire et de l'âge de ses artères (choix aussi lucide que notable) qui, finalement, est un peu en contradiction avec le style même de Blondie, dont le charme pourrait bien se résumer à une exaltation de la blondeur jeune. Alors, que faire ? C'est tout le problème, aujourd'hui, d'un groupe finalement très new-yorkais: Between Thought And Expression...