Avant même la parution de ce nouvel album de Blonde Redhead son septième , la polémique fait rage dans les rangs des initiés. On y entend dire que le trio new-yorkais aurait définitivement troqué sa pop bruitiste et frontale contre une musique de pacotille, dissimulé sa brutalité sous des effets édulcorants, et on le compare déjà le plus sérieusement du monde à un croisement entre My Bloody Valentine et... Mylène Farmer ! Bref, puisque les fans de la première heure se chargeront toujours mieux que quiconque de crier au parjure et de brûler ses idoles sans aucune autre forme de procès, rendons à leur place justice à ce nouvel essai. Car, pour notre part, on accueille plutôt la récente immédiateté de Blonde Redhead, déjà amorcée en 2004 sur Misery Is A Butterfly, le premier Lp pour l'écurie 4AD, comme une bonne nouvelle, mais aussi comme une preuve incontestable d'audace et de sincérité. Une réussite quasi totale, avec en point d'orgue cet irrésistible Silently au beat disco insidieux et sa progression de guitares et claviers (nappes et handclaps) enveloppante. Ailleurs, l'angoisse est toujours palpable, mais les ténèbres sont désormais baignés d'une lumière spectrale (Dr Strangelove, The Dress), lorsqu'ils ne laissent pas carrément apparaître une porte de sortie irradiée par le jour (SW chanté par Amadeo et son pont de cuivres). La voix de Kazu Makino, si elle est toujours aussi fragile, s'amuse moins de se voir constamment malmenée et brisée, et joue enfin les cartes de la suavité et de l'espièglerie (Top Ranking). Enfin sorti de sa chrysalide après plus de dix ans de carrière, le groupe vient habilement de se réinventer. Et ce papillon n'a rien de misérable.