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Il paraît que Furr est déjà le quatrième album de Blitzen Trapper. Il est effectivement constatable que l’on n’a pas affaire ici à des amateurs. Dès Sleepy Time In The Modern World, on convoque les grands anciens (The Beatles et surtout The Band) pour un savoureux pique-nique en forêt. On joue ensuite à saute-mouton vers un hybride sunshine/power pop sur Gold For Bread et tout cela nous cause bien du plaisir. Bien que traditionaliste comme le fut Wilco à ses débuts, la formation de Portland ne s’embarrasse d’aucun principe réchauffé et picore à dessein dans tous les genres qui firent les glorieuses heures de la chose pop, via le prisme du classic rock.

Pas un hasard, donc, si God & Suicide soit digne du meilleur R.E.M., suivi par Fire & Fast Bullets qui allie le panache des Kinks au meilleur des Posies. Saturday Night insupporte par son côté fanfaron à la Crosby, Stills & Nash mais la gravité, celle de Neil Young, justement, reprend ses droits sur Not Your Lover, qui aurait pu figurer, avec beaucoup d’indulgence, sur Harvest (1972). Hommage revendiqué au John Lennon hurlant (celui du Plastic Ono Band, 1969), Love U se pare d’une mystique probablement inspirée de Big Star et s’achève sur une belle mélopée vocale que n’aurait pas reniée le grand David Crosby en solitaire.

On croise ensuite le fantôme de Marc Bolan sur War On Machines, puis la belle Lady On The Water qu’on observe de la rive, assis sur un banc de rondins, ravi de cette bonne journée dans les bois. Bien sûr, on exagère un peu en mettant Blitzen Trapper au même étage supérieur que ses références, mais à l’arrivée des premiers frimas, on chérira ce patchwork de bonnes chansons comme autant de solides bûchettes, indispensables au bon fonctionnement de la cheminée.
Etienne Greib
MAGIC RPM  #125


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