Biographie
Muse des bloggers rock et chef de file du radicalisme indie made in Brooklyn, le mystérieux Mr. Blank Dogs est, à bien des égards, aussi fascinant qu’agaçant. Si ce dernier n’était pas si talentueux et travailleur, il pourrait même prêter à sourire, lui qui cache son visage et son nom pour endiguer toute dynamique de starification et dont le jeu excite tant les médias branchés de New York qui citent chacune de ses critiques musicales. Depuis trois ans, l’ancien DC Snipers tente de redéfinir une approche DIY de la création musicale.
De l’écriture au label Captured Tracks qu'il a fondé, en passant par la production et le design graphique, rien n’échappe à ce merveilleux touche-à-tout. Ainsi, chaque sortie était systématiquement et gratuitement disponible en téléchargement sur son (ancien) blog, au milieu de vieilleries post- punk pour la plupart complètement oubliées (B Film, Vertebrates, The Criterions…). L’esprit totalitaire de celui qui se fait nommer Mike Sniper s’incarne au sein de son label où il joue le Pygmalion auprès de jeunes artistes qu’il se plaît à promouvoir (Ganglians, The Beets, Dum Dum Girls, The Girls At Dawn) et où il abrite d’anciens activistes qui reconnaissent en lui un artiste complet (John Dwyer, Gary War). En l’espace de ces trois années, le stakhanoviste du rétro-post-avant- garde punk est déjà auteur d’une copieuse discographie composée d’une douzaine de Ep’s ou mini-albums et de trois Lp’s, a écumé presque autant de labels (Sacred Bones, Troubleman Unlimited), signé sa nouvelle œuvre chez la “grande” distribution (In The Red Records via Differ-Ant), mis en place une collaboration avec Gary War (sous le patronyme de Roman Soldiers), et donc, monté sa prolifique structure aux allures sectaires : Captured Tracks. Encensé par ses pairs (Psychedelic Horseshit, Vivian Girls, Black Lips, Wavves, Crystal Stilts), il se trouve aussi confronté à la même problématique :
comment s’inspirer des ancêtres de la cold-wave sans tomber dans l’écueil de la redite ou dans une nostalgie frustrée ? Comment mettre à profit les moyens de production modernes permettant de s’affranchir des contraintes pécuniaires et en réussissant le pari de développer une singularité sonore ? C’est ici le constat d’un demi-échec ; bien qu’elle s’en défende, cette jeune scène de New York singe évidemment celle de ses aînés. Ce qui démarque un album comme le brillant Under & Under (2009) des inestimables joyaux dont il s’inspire relève certainement plus des moyens utilisés et du raffinement mélodique que de la démarche artistique – les saturations numériques qui rendent la musique de Blank Dogs identifiable entre mille remplacent celles du matériel analogique. Démasqué, le Sniper ? Pas si sûr… Car derrière l’austérité dogmatique de leur production et l’abondance des distorsions vocales, se cachent des chansons et des lignes de basse que n’auraient sans doute pas reniées Wire, The Cure ou Joy Division.
En attendant la livraison annuelle de ses cinquante futurs titres et malgré quelques erreurs et tâtonnements extra-musicaux, Mike Sniper semble, comme à ses tout débuts, obéir au crédo de l’éditeur français F.L.T.M.S.T.P.C, le seul susceptible de commander la création contemporaine en 2010 : fais-le toi-même si t’es pas content ! [XAVIER MAZURE].
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