En kiosque actuellement Commander

Partie Traumatic de Black Kids

chronique d'album
L’histoire est à la fois banale et cocasse. Il y a un an, les Black Kids apparaissaient comme les futures marottes indies incontournables à la faveur d’un Ep pétaradant distribué sur Internet, Wizard Of Ahhhs. Une collection artisanale de mélodies harangueuses aux refrains imparables, débarrassés d’artifices et dotés d’une fraîcheur inégalable qu’un chant mixte et ludique – le garçon criard et éperdu d’un côté, la fille joueuse et sensible de l’autre – faisait fructifier à merveille. Production salement basique et élan pop irrépressible, maladresse instrumentale et malignité formelle, dynamisme sautillant et romantisme candide s’y culbutaient alors avec jubilation. Un an plus tard, les Black Kids ont signé sur une major, sortent leur premier album, et ceux-là mêmes qui s’étaient entichés de ces enfants impétueux les vouent aujourd’hui aux gémonies.

Une immense majorité des chansons présentes sur Partie Traumatic date pourtant de cette époque bénie par la blogosphère, mais le fait est que nos Black Kids ont sérieusement musclé leur jeu depuis. Un peu comme ces jeunes joueurs de basket longilignes qui quittent l’université pour devenir pro, et réapparaissent six mois après sur les parquets NBA, lestés de dix kilos de barbaques en plus. En guise d’anabolisants, une production aux hormones signée Bernard Butler, parfait mixeur temporel apte à faire turbiner ces chansons XXL qui carambolent en quarante minutes les plus belles saillies assénées par la pop anglaise ces vingt dernières années, qu’elle soit synthétique ou électrique, Pulpeuse ou Suedoise, rentrée en Cure ou partie convoler outre-Atlantique à bord d’un B-52’s. Et même si, afin de dompter cette nouvelle assurance, le chanteur Reggie Youngblood se plaît à surjouer ses élancements geignards, I'm Not Gonna Teach Your Boyfriend How To Dance With You, Listen To Your Body Tonight ou Hit The Heartbrakes s’écoutent toujours comme autant d’hymnes pop rutilants, vintage sans être rétrogrades, et dont bien peu de groupes actuels pourront un jour se targuer de l’écriture. Les claviers surexposés, les gimmicks eighties démultipliés et la rythmique surboostée, leur évidence aurait même tendance à éclater plus que jamais au grand jour.


N’en déplaise aux initiés déçus, Partie Traumatic est un disque qui s’écoute comme on débouche une bouteille de champagne, assouvissant totalement les désirs de pop absolue, ondoyante et rassembleuse, qui germaient déjà irrésistiblement sur Wizard Of Ahhhs, les moyens et la “décomplexion” en plus. Reggie Youngblood n’en fait pas mystère, affirmant tout de go que cet album est destiné à un grand public qui n’avait jusque-là jamais entendu parler du quintette de Jacksonville (Floride). On laissera donc ces béotiens à leur joie de découvrir sans a priori ces dix scansions jouissives, et l’on enjoindra les geeks désappointés à débrancher leur Soulseek pour aller rouler des palots à la première venue.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #123


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser