Pour avoir
souvent pourfendu les œuvres de Joanna Newsom, il faut bien commencer cette
chronique par un authentique acte de contrition. Car, malgré tous ses défauts,
celle qu’un éminent confrère qualifiait en ces mêmes pages de “Minnie Mouse du folk
analphabète” ne
se contente pas d’enregistrer des mauvais disques : elle en inspire
également d’excellents. Grâce soit donc rendue à cette piètre chanteuse,
transfigurée en muse de classe internationale ! D’abord, pour avoir fourni à Bill Callahan, par la vertu de son amour, la
matière d’un chef-d’œuvre lumineux (Woke On Whaleheart, 2007) où, pour
la première fois, les brouillards dépressifs de Smog semblaient se dissiper et
où l’on entrevoyait même l’esquisse d’un sourire.
Puis pour avoir été, peu après, à la source d’une rupture sentimentale qui engendre aujourd’hui un album encore plus réussi. Et qui s’ouvre par cette confession, synthétique mais trompeuse : “I used to be darker, then I got lighter, then I got dark again". En effet, en dépit des circonstances personnelles difficiles, Sometimes I Wish We Were An Eagle n’apparaît pas un seul instant comme un simple retour aux sources de la neurasthénie. Sublimant son chagrin, Callahan s’échappe dans un imaginaire épique, entremêle les bilans intimes (Eid Ma Clack Shaw, où il s’interroge sur la manière d’évacuer les souvenirs des étreintes passées) et les fragments d’une quête métaphysique (Invocation Of Ratiocination, Faith/Void).
Mais c’est bien plus encore sur le plan musical que l’on peut mesurer l’étendue du chemin parcouru depuis le début des années 90, à l’époque où les premières cassettes de Smog contribuaient à définir l’étalon du bricolage lo-fi. Épaulé par Brian Beattie, Callahan affiche désormais une maîtrise sans faille des arrangements, et notamment de l’usage des cordes qu’il dispose avec une légèreté aérienne (Rococo Zephyr). Les deux hommes parviennent ainsi à magnifier le contraste entre la suavité de l’écrin musical et les robustes résonances de cette voix de baryton, et à trouver un équilibre dont on pensait bien que seul Kurt Wagner possédait le secret. À ce compte-là, Joanna, si tu veux faire un tour du côté de chez Will Oldham, on attendra le résultat avec impatience !
Puis pour avoir été, peu après, à la source d’une rupture sentimentale qui engendre aujourd’hui un album encore plus réussi. Et qui s’ouvre par cette confession, synthétique mais trompeuse : “I used to be darker, then I got lighter, then I got dark again". En effet, en dépit des circonstances personnelles difficiles, Sometimes I Wish We Were An Eagle n’apparaît pas un seul instant comme un simple retour aux sources de la neurasthénie. Sublimant son chagrin, Callahan s’échappe dans un imaginaire épique, entremêle les bilans intimes (Eid Ma Clack Shaw, où il s’interroge sur la manière d’évacuer les souvenirs des étreintes passées) et les fragments d’une quête métaphysique (Invocation Of Ratiocination, Faith/Void).
Mais c’est bien plus encore sur le plan musical que l’on peut mesurer l’étendue du chemin parcouru depuis le début des années 90, à l’époque où les premières cassettes de Smog contribuaient à définir l’étalon du bricolage lo-fi. Épaulé par Brian Beattie, Callahan affiche désormais une maîtrise sans faille des arrangements, et notamment de l’usage des cordes qu’il dispose avec une légèreté aérienne (Rococo Zephyr). Les deux hommes parviennent ainsi à magnifier le contraste entre la suavité de l’écrin musical et les robustes résonances de cette voix de baryton, et à trouver un équilibre dont on pensait bien que seul Kurt Wagner possédait le secret. À ce compte-là, Joanna, si tu veux faire un tour du côté de chez Will Oldham, on attendra le résultat avec impatience !