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Ambivalence Avenue de Bibio

chronique d'album
Citadin amateur de camping sauvage, de pêche à la truite au Pays de Galles, mais aussi de folk, d'électronique et de field recordings, Stephen James Wilkinson fait son arrivée chez Warp avec l'enlevé Ambivalence Avenue, qui, dès son éponyme et joyeuse introduction, sent bon les vacances, le farniente, l'insouciance et la plénitude champêtre de Fairport Convention, Pentangle (et Jethro Tull pour les flûtes élégiaques). Comme une espèce de rat des villes et de rat des champs, l'Anglais a si astucieusement construit son quatrième album que l'on passe de jolies chansons (presque) acoustiques (Lover's Carvings, Abrasion, The Palm Of Your Wave) à de l'abstract hip hop mâtiné de northern soul (Jealous Of Roses, Fire Ant) ou carrément électrocuté (Sugarette, Dwrcan), sans que l'on en ressente la moindre gêne, ni effet de rupture.

En soi, un véritable tour de force, que seule l'écoute au casque élucide véritablement. En effet, celle-ci révèle que dans une infinitude détails, le multi-instrumentiste a manipulé et trituré toutes les guitares, déformé les basses, bidouillé ses samples et parfois modifié sa voix au-delà du reconnaissable (S'Vive). On est donc guère étonné d'apprendre que ses nouveaux colocataires Clark et Boards Of Canada aient été séduits par la méticulosité et de l'inventivité avec lesquelles il a intégré à sa mixture tous ces enregistrements pris au-dehors (chants d'oiseaux, vent, pluie, rires d'enfants, etc.), qui, pour une fois, ne sont pas là comme des cheveux sur la soupe, mais s'intègrent à une matière, surprenante de sophistication. Les aoûtiens en feront probablement la bande-son de leurs nuits à la belle étoile. L'automne venu, comme avec la madeleine de Proust, on l’écoutera avec nostalgie, persuadé de humer des effluves d'iode et de produits solaires au milieu du salon.
Marc Gourdon
MAGIC RPM  #134


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