Le quatrième album de Beth Orton laisse des impressions mélangées et contradictoires, selon l'humeur. On a envie d'aimer Comfort Of Strangers sans réserve, mais on s'y ennuie parfois, tant il semble privé d'une étincelle qui enflammerait ses élégantes chansons. Tout est pourtant réuni pour le grand frisson : la voix est là, magnifique, l'instrumentation est d'une beauté simple et lumineuse (Matt Ward est de la partie) et les arrangements sont formidables. L'Anglaise a eu la bonne idée de faire appel à Jim O'Rourke pour enregistrer l'album dans des conditions live, en deux petites semaines. Et le résultat est magnifique, avec un son brut, sans fioritures mais très chaleureux. Rythmiques minimalistes et souples, piano et arpèges de guitare légers comme l'air font l'ordinaire classieux de chansons qui ne se refusent pas à l'occasion un petit supplément chantilly délicieux (choeurs, cordes, accordéon). Conceived est un superbe exercice de soul où le seul phrasé de Beth Orton suffit à émouvoir. Le grand Matt Ward a offert Shopping Trolley, étonnante chanson pop à la basse new-wave, et coécrit le morceau titre avec O'Rourke, où l'on entend un marimba intervenir timidement sur la fragile construction rythmique. Heart Of Soul est tout simplement stupéfiante : Beth y chante avec une densité qui rappelle les plus belles pages du folk des années 1960, celles écrites notamment par Joan Baez. Toutes les chansons ne sont malheureusement pas à la hauteur et une petite baisse de régime dans l'écriture fait vaciller l'ensemble du disque, quand les émouvants sanglots étranglés deviennent des plaintes larmoyantes (Safe In Your Arms), les ballades langoureuses des ennuyeuses promenades du dimanche et les tentatives pop des miniatures inutiles (Worms). Allégé de ces passages plus faibles, Comfort of Strangers aurait échappé à cette curieuse équation : être un tout inférieur à la somme de ses parties.