On pensait pourtant ne plus se faire entourlouper. Pur produit de la
blogosphère, tout paraît éculé chez Best Coast. La formule d'abord :
guitares qui envoient et voix noyée de réverb à plus savoir qu'en foutre, on a vu l'équation chez pléthore d'autres groupes, de Wavves aux Vivian
Girls en passant par les désappointantes Dum Dum Girls, tous adeptes de cette pop aux influences sixties mixée par des Ramones
lo-fi. Les thèmes ensuite, usés
jusqu'à la corde par les formations précitées comme par leurs copains chillwave : l'été, les garçons, la weed. On en
rajoute un quatrième, désormais évoqué dans chaque interview : le chat Snacks, dont l'air si bêtement chat orne fièrement la pochette. Dernier élément de lassitude, la propriétaire du matou Bethany Cosentino. Un monstre de coolitude à
l'américaine dans tout ce que cela signifie de branlotine et d'un peu concon.
Et pourtant...
Comme Solal dans Belle du Seigneur, qui tomba follement amoureux d'une fille jolie mais un peu dinde, on se laisse encore séduire comme des bleus, précisément par les éléments d'abord perçus comme des limites : l'énergie, les riffs ravageurs fournis à tour de bras par Bobb Bruno (Boyfriend, Bratty B), ou ces « wou-hous » si omniprésents qu'ils se substituent presque aux paroles (When The Sun Don't Shine). La simplicité des sentiments exprimés frappent également. Quand Bethany chante qu'elle est triste, on est triste. Quand elle est jojo, on est jojo avec elle. Aussi bête que cela, certaines paroles se révèlent même poignantes et bien plus bouleversantes qu'une simple écoute à la va-vite ne le laisserait penser. On sait l'impact que la naïveté, voulue ou non, peut avoir sur la transmission des sentiments. Dans Bratty B par exemple, Bethany s'attache sans fard à raconter comment le départ de l'être aimé est cause de tristesse en dépeignant des actions simples qui plantent un décor propice et accessible (« I pick up the phone/I wanna talk/About my day/It really sucked »).
Le recours aux considérations météorologiques comme parallèle aux émotions, à la manière du hit originel Sun Was High (And So Was I), est également un moyen grossier mais efficace de poétiser l'affaire et de favoriser une ambiance bleue qui s'adresse directement au cœur. Mais il faut aussi rendre à César ce qui est à César : la portée des chansons doit beaucoup à la voix de Beth'. Son timbre est parfait. Tantôt plaintive (le déchirant Our Deal), tantôt lyrique (When I'm With You), tantôt envieuse (Boyfriend), tantôt feignasse (Goodbye), elle nous titille irrémédiablement du côté gauche de la poitrine. La preuve sans cesse renouvelée que la prétendue vacuité d'une formule n'empêche pas la profondeur émotionnelle.
Comme Solal dans Belle du Seigneur, qui tomba follement amoureux d'une fille jolie mais un peu dinde, on se laisse encore séduire comme des bleus, précisément par les éléments d'abord perçus comme des limites : l'énergie, les riffs ravageurs fournis à tour de bras par Bobb Bruno (Boyfriend, Bratty B), ou ces « wou-hous » si omniprésents qu'ils se substituent presque aux paroles (When The Sun Don't Shine). La simplicité des sentiments exprimés frappent également. Quand Bethany chante qu'elle est triste, on est triste. Quand elle est jojo, on est jojo avec elle. Aussi bête que cela, certaines paroles se révèlent même poignantes et bien plus bouleversantes qu'une simple écoute à la va-vite ne le laisserait penser. On sait l'impact que la naïveté, voulue ou non, peut avoir sur la transmission des sentiments. Dans Bratty B par exemple, Bethany s'attache sans fard à raconter comment le départ de l'être aimé est cause de tristesse en dépeignant des actions simples qui plantent un décor propice et accessible (« I pick up the phone/I wanna talk/About my day/It really sucked »).
Le recours aux considérations météorologiques comme parallèle aux émotions, à la manière du hit originel Sun Was High (And So Was I), est également un moyen grossier mais efficace de poétiser l'affaire et de favoriser une ambiance bleue qui s'adresse directement au cœur. Mais il faut aussi rendre à César ce qui est à César : la portée des chansons doit beaucoup à la voix de Beth'. Son timbre est parfait. Tantôt plaintive (le déchirant Our Deal), tantôt lyrique (When I'm With You), tantôt envieuse (Boyfriend), tantôt feignasse (Goodbye), elle nous titille irrémédiablement du côté gauche de la poitrine. La preuve sans cesse renouvelée que la prétendue vacuité d'une formule n'empêche pas la profondeur émotionnelle.