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Biographie

Lorsqu’un beau matin de 1994, Bernard Butler claque la porte du studio où Suede est en train d’enregistrer son très attendu deuxième album, tout le monde se demande bien ce qu’il va advenir des uns et des autres, tant l’équilibre de la formation londonienne semblait reposer sur le duo formé par le chanteur Brett Anderson et le jeune guitariste. Depuis l’avènement fulgurant du quatuor, ce dernier s’est vu comparé à Johnny Marr, Mick Ronson et Keith Richards. Et au même titre que pour ses glorieux aînés, personne ne le pense capable d’exprimer toute sa démesure créatrice sans un alter ego digne de ce nom. Alors que son ancien groupe finit par se sortir de l’impasse artistique que tout le monde lui prédisait, Butler fait profil bas. Il s’acoquine bien avec David McAlmont pour créer une pop soyeuse mâtinée de soul, mais les deux hommes se séparent pour de vulgaires raisons d’ego tout en laissant sortir en 1996 un premier Lp en guise de testament. Alors, le guitariste se lance en solo et réalise deux albums sur Creation Records dans une indifférence quasi-générale.    

Puis, vient le temps des rabibochages… Avec ledit McAlmont d’abord, en 2003, et surtout – ce que d’aucuns n’auraient jamais pensé envisageable –, avec l’ami Brett, sous le nom de The Tears. En 2005, le groupe sort un album inconséquent, “la pire vente de tous les temps dans cent trente-cinq pays” comme s’amuse à parodier la truculente et absurde biographie que l’homme a postée sur son MySpace. Mais Butler a déjà changé son fusil d’épaule. Car depuis le début du nouveau millénaire, lorsqu’il est en studio, on le croise plus souvent derrière la console de mixage qu’en train de jouer de son instrument fétiche. Depuis 2001 et le South de Heather Nova, il n’a ainsi cessé de multiplier les productions. Deux ans plus tard, il peaufine le son de deux singles de The Libertines, avant de prendre en main en 2005 The Cribs, puis plus tard The 1990s. Mais tout cela n’est rien en comparaison du rythme effréné que tient Butler dès le début de l’année 2008. Il ne se passe pas un mois sans que sorte un album ou un simple sur lequel il a œuvré (production, co-production, voire co-composition). Lui qui avait rarement croisé la route de la gent féminine, il s’est investi dans l’album couronné de succès de la blonde Duffy, Rockferry, qui baigne dans une veine soul d’un classicisme absolu. Soul aussi, sont les deux morceaux qu’il a peaufinés sur le premier Lp solo de Sharleen Spiteri (Melody). Mais la pop et le rock trouvent toujours grâce à ses yeux, puisqu’on le retrouve également au chevet de Sons & Daughters (This Gift), des jouvenceaux de Cut Off Your Hands et de nos meilleurs nouveaux copains des Black Kids. À ce rythme-là, Bernard Butler n’est pas près de revoir la lumière du jour. Et l’épouvantail Danger Mouse peut commencer à se faire du mouron.