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Portrait 2009 de Benjamin Biolay

interviews
Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur des albums, singles et autres groupes de 2009, le détail restant à découvrir dans le cinquième volume de Hors-série 365 Chroniques actuellement en kiosque. Dans ce même numéro, vous trouverez aussi les portraits de nos dix personnalités de l'année, de Dayve Hawk à Pascal Teixeira en passant par Steve Beckett, Caroline Polachek, Mark Linkous, Luke Haines ou... Benjamin Biolay ! Nous y voilà. Voici le profil nourri du chanteur français le plus acclamé de l'année.


“J’attendais en vain/Que le monde entier m’acclame/Qu’il me déclare sa flamme”. Ces paroles extraites du single Padam resteront prophétiques de l’année 2009. Car à son cinquième (double) album, Benjamin Biolay fait – enfin – l’unanimité critique et publique. Mieux vaut tard que jamais, donc. Pourtant, longtemps, on a cru que le succès populaire et l’enthousiasme médiatique se refuseraient obstinément à lui alors que le prodige de la chanson française suit une courbe artistique ascensionnelle depuis l’inaugural Rose Kennedy (2001), même si le revirement de certains réfractaires constaté à la sortie de Trash Yéyé (2007) pouvait augurer de l’engouement actuel. À la manière d’un Serge Gainsbourg, son modèle avoué avec The Beatles, BB prédisait dans Elle, en octobre, que sa reconnaissance serait “post mortem”. Et bien avant la sortie de La Superbe, les paroles éloquentes de L’Espoir Fait Vivre témoignent du désarroi de l’intéressé : “Combien de temps/Avant l’amour suprême et l’admiration des gens”.

Si le malentendu originel peut s’expliquer par le prisme déformant des médias (la franche timidité de Benjamin Biolay passant à tort pour une suffisance hautaine), doublée du savonnage d’Henri Salvador qui lui dut pourtant son retour en grâce (Chambre Avec Vue, 2000) et par une omniprésence au générique de la production hexagonale (de Keren Ann à sa sœur Coralie Clément, de Juliette Gréco à son ami Hubert Mounier), on ne peut que s’étonner d’assister aujourd’hui à une tellle unanimité autour de son plus ambitieux et plus long album. D’ailleurs, un nouveau malentendu est en train de naître, sur l’air (erroné) de “On a plus parlé de Benjamin Biolay pour ses frasques que pour sa musique” (in Les Inrockuptibles, qui lui offrent seulement sa première couverture en dix ans, après avoir mis à l’honneur des fossoyeurs tels Cali, Vincent Delerm ou M). Or, à l’exception d’une déclaration fracassante ici (mais pas autant qu’on veut bien nous le vendre) ou là (dans des conditions parfois éthyliques à une presse en mal d’épaisseur, comme Technikart), cet homme érudit n’a jamais rien cultivé d’autre que sa frénésie artistique – cinquante-sept morceaux enregistrés pour Trash Yéyé, encore davantage pour La Superbe.

Franc et massif, Benjamin est à l’image de sa discographie : il ne recule devant rien. Après deux disques en forme de Black AlbumÀ L’Origine (2005) et Trash Yéyé (2007) –, Biolay signe un “vrai” double album, édité pour le compte du label Naïve après son départ fracassant de Virgin. En vingt-deux titres dont beaucoup se contenteraient pour une intégrale, l’auteur de Rendez-Vous Qui Sait parcourt toutes ses obsessions musicales : de la pop ligne claire des Smiths (Reviens Mon Amour) au jazz toxique de Chet Baker (La Toxicomanie), de la berceuse ourlée (Ton Héritage, bouleversant) aux envolées orchestrales (La Superbe), du hip pop domestique (Padam) au duo d’un nouveau genre (Brandt Rhapsody avec Jeanne Cherhal). Revers de la médaille attendu, le consensus autour de Benjamin Biolay risque d’en agacer plus d’un, à commencer par ses récents thuriféraires. En attendant, cette forte tête risque de glaner quelques Victoires de la musique, à la cérémonie du 6 mars 2010. On prend les paris ?
Franck Vergeade


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ldo - 06/02/2010 20:56
Bel article, j'aurais aimé écrire ça