En kiosque actuellement Commander
Considéré par son auteur lui-même comme le tome 2 de À L’Origine (2005), Trash Yéyé prolonge la grammaire biolaisienne, en creusant encore davantage le sillon autobiographique, illustré par des mélodies dont certaines le porteront assurément sur les ondes radiophoniques (l’imparable single en trompe-l’œil Dans La Merco Benz, le tube aquoiboniste Qu’Est-Ce Que ça Peut Faire et son clin d’œil aux Smiths, le rouleau compresseur Rendez-Vous Qui Sait). Mal remis de l’échec public de son album noir, de la déconsidération avérée de sa maison de disques et du chaos personnel consécutif à sa séparation avec la bellissima Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay a d’ailleurs sous-titré ce disque Comment Je Me Suis Trash Yéyé (Ma Vie Intérieure)  – en référence au film générationnel d’Arnaud Despleschin qui révéla sa future (ex) femme. Ce quatrième Lp clôture manifestement un nouveau chapitre discographique, après la parenthèse (au sens propre comme figuré, donc) Home. Dès les premiers mots psalmodiés, le constat est lucide, mais amer : “Bien avant qu’on se soit connu/Bien avant qu’on se soit parlé/Bien avant que je t’aie vue nue/Je savais déjà que je t’en voudrais”. C’est qu’en feuilletant les pages de son histoire personnelle, l’auteur de Mon Amour M’A Baisé est reparti de zéro pour enregistrer à l’infini (57 morceaux dénombrés, au compteur du Labomatic, son studio fétiche) et toucher à l’universel. De mémoire neuve, on n’a plus entendu de telles chansons de désamour depuis Dolorès (1996), le chef-d’œuvre de Jean-Louis Murat. N’importe qui pourra se reconnaître dans Trash Yéyé (ce titre !), que ce soit dans la blessure intime de Douloureux Dedans, la violente expérience de Regarder La Lumière, la première nuit passée dans La Chambre D’Amis ou l’adieu maudit de Cactus Concerto. Jamais autocomplaisant, ni narcissique, Biolay jette un pavé dans la mare de ses détracteurs (Laisse Aboyer Les Chiens), et publie parmi les textes les plus étourdissants de sa carrière entamée sous le signe morose (Novembre Toute L’Année). Où les trouvailles lexicales ne manquent pas – “En chevauchant la mer/Sur un lévrier gris/Nommé Blondie”, “Qu’Est-Ce Que ça Peut Faire/Qu’il y ait des stations balnéaires/Dans mon verre à pied” –, les mélodies sublimes et les idées de production non plus. Il y aurait encore beaucoup à dire et à écrire sur cet album à marquer d’une pierre blanche l’année et la décennie en cours. Après les palabres, resteront toujours De Beaux Souvenirs et ce grand disque signé d’un indéfectible romantique.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #113


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser