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En France, le créneau a toujours été mince. Il semble même se rétrécir de jour en jour. Quel espace artistique reste-t-il, en effet, entre les gueulards des piteuses Académies télévisées, qui n'ont à offrir que leur coffre en guise de réceptacle à leurs vocalises ineptes, et les bo-beaufs triomphants, qui ont habilement réussi à persuader critique et public que la forme musicale indigente de leurs chansons devait être excusée au nom d'un retour, plus fantasmé que réel, à la qualité d'écriture des vieux barbons barbants de la rive gauche ? Le deuxième album de Benjamin Biolay vient à point apporter une réponse triomphale à cette interrogation préoccupante. Biolay renoue avec la grande tradition des chanteurs que la vie a laissés sans voix (Gainsbourg, Daho, Coen...), et à qui il ne reste donc qu'un mince filet en gage de sécurité, pour faire face aux émotions envahissantes. Transformant, à l'instar de ses glorieux prédécesseurs, cette fragilité en force, il impose, tout au long des quatorze titres de Négatif, ses dons d'auteur et de compositeur, et emporte même l'adhésion de ceux qui étaient restés réticents à l'écoute de l'inaugural Rose Kennedy. Difficile d'extraire de cet ensemble fabuleusement cohérent les perles les plus rares. De la ballade amoureuse et mortifère Je Ne T'ai Pas Aimé (en duo avec sa femme Chiara Mastroianni), sorte de réponse à deux voix au There Is A Light That Never Goes Out de The Smiths, jusqu'à l'addictif single Chaise À Tokyo qui renoue avec l'exotisme détaché et classieux d'Alain Chamfort, toutes les chansons semblent sublimées par des arrangements d'une fulgurance presque inédite dans nos contrées, en tous cas depuis Melody Nelson. Dans l'état de putréfaction avancé de la variété nationale, Benjamin Biolay confirme qu'il a tout du profil du rédempteur.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #70
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