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Quelques apparitions sur grand écran et la bande originale du film Pourquoi Tu Pleures ? de Katia Lewkowicz, dont il tenait aussi le premier rôle : à l’aune de son hyperproductivité habituelle, 2011 peut presque être considérée comme une année sabbatique pour Benjamin Biolay. Dix ans tout juste après la sortie de son premier album (Rose Kennedy, 2001), la publication de ce Best Of  vient conforter l’impression que le succès public et critique unanime rencontré après la sortie de La Superbe (2009) a glorieusement conclu la fin d’une première étape dans ce parcours d’une extraordinaire prolixité et d’une densité admirable. Après avoir longtemps attendu en vain que le monde entier l’acclame et lui déclare sa flamme, pour reprendre ses propres mots dans Padam, le natif de Villefrance-sur-Saône a donc conquis de haute lutte le droit de jeter un regard en arrière et de se retourner à l’approche de la ligne d’arrivée pour apprécier la distance qui le sépare du peloton de tous ses concurrents (lesquels au fait ?). Dans cette sélection inévitablement réductrice de dix-neuf morceaux qui tente d’extraire la quintessence d’un foisonnement bien trop considérable pour être résumé de manière entièrement satisfaisante (cinquante-sept titres composés pour Trash Yéyé, 2007 et plus encore pour La Superbe), chacun pourra déplorer telle ou telle omission regrettable (au hasard, A House Is Not A Home, Mon Amour M’A Baisé ou Si Tu Suis Mon Regard) ou s’étonner de voir un double album amputé de l’intégralité de son deuxième volume. Et même si on trouve finalement peu de surprises dans ce rendez-vous compilatoire (un seul titre inédit, L’Eau Claire Des Fontaines), l’occasion est toujours bienvenue d’arrêter quelques bilans provisoires et de balayer une dernière fois au passage les pseudo-controverses artificiellement entretenues par quelques esprits sceptiques ou malveillants. On préfèrera donc se concentrer sur les vertus d’un tracklisting globalement pertinent qui, tout en accordant leur juste place aux tubes incontournables qui ont jalonné la carrière de BB et constitué le point d’entrée principal du grand public conquis de haute lutte (Les Cerfs-Volants, Dans La Merco Benz, La Superbe) s’accorde également quelques moments de flânerie dans les chemins de traverse plus méconnus de cette œuvre déjà immense, pour finir par tracer des voix de passage inattendues et des raccourcis saisissants entre des chansons que le temps avait jusqu’à présent tenu à bonne distance les unes des autres.

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Ainsi en est-il de l’enchaînement émancipé de la chronologie de Qu’Est-Ce Que
Ça Peut Faire ?, Bien Avant et La Ballade du Mois De Juin – extrait de Home (2004), ce superbe prolongement musical de l’harmonie conjugale fugace en compagnie de Chiara Mastroianni – qui confère une dimension tragique supplémentaire à un triptyque retraçant à rebours la faillite annoncée des sentiments amoureux. Au fil de ces chansons pourtant familières, on reste une fois de plus bouche bée devant une capacité jamais prise en défaut à tirer le meilleur parti des compétences exceptionnelles d’arrangeur, issues d’une formation classique depuis bien longtemps digérée, et qui l’autorise à disposer ces entrelacs de cordes sans jamais sombrer dans les digressions pompières. On pourra également apprécier le souci constant de ce grand fan de hip-hop d’accueillir de plain-pied au sein de son univers personnel les fragments extérieurs de la modernité sonore, en intégrant à son répertoire les bribes de références subtiles et parfois indétectables : le sample de River Of No Return sur Les Cerfs-Volants ; le clin d’œil à The Smiths à la fin de Qu’Est-Ce Que Ça Peut Faire ? (“Il y a cette lumière qui ne s’éteint jamais” en écho à There Is A Light That Never Goes Out). Enfin, on pourra une dernière fois mesurer le caractère profondément injuste du procès en nombrilisme autrefois instruit à l’encontre de Benjamin Biolay par les pourfendeurs ricanant d’une nouvelle variété hexagonale mal inspirée auquel il fut, à tort, associé. Certes, il excelle souvent dans le registre de la confession intimiste, comme en témoigne Ton Héritage, le plus beau et le plus triste des avertissements adressé par un père à son enfant depuis The End Of The Rainbow (1974) de Richard Thompson. Mais il a également exprimé depuis bien longtemps un regard personnel et acéré sur l’état du monde qui fait, par exemple, de À L’Origine le résumé critique sans doute le plus pertinent de la déliquescence géopolitique et morale de ce début de XXIe siècle. Convenablement disposé au pied du sapin, ce Best Of devrait donc achever d’édifier les plus récents des convertis tout en aiguisant l’appétit des anciens disciples jamais rassasiés.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #157


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