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The Best Imitation Of Myself: A Retrospective de Ben Folds

chronique d'album
Apparaissant comme une pause bienvenue dans une discographie qui semble, depuis quelques années, de plus en plus s’enliser dans une forme de routine, cette première rétrospective exhaustive en trois volumes de l’œuvre de Ben Folds inclut simultanément les sept années de travail collectif au sein de Ben Folds Five et la dernière décennie consacrée aux développements de sa carrière solo. Présenté sous une forme compilatoire et chronologique classique, le premier CD permet de se remémorer avec un plaisir fortement teinté de nostalgie les principaux épisodes d’un parcours musical placé sous le double signe de l’humour et de la revanche. Après avoir végété comme bassiste à l’arrière-plan de plusieurs formations négligeables au cours de la seconde moitié des années 1980, Folds traîne ses tentatives avortées  pour entrer dans le showbiz comme autant de boulets pendant le début de la décennie suivante, balançant entre les carrières d’acteur et de batteur de studio du côté de Nashville. De retour dans sa Caroline du Nord natale en 1994, il réunit autour de lui le bassiste Robert Sledge et le batteur Darren Jessee pour tenter de donner corps à une formule simple, mais d’autant plus efficace : traduire dans un lexique musical dont serait bannie la moindre trace de guitare les sentiments de frustration adolescente et de ressentiment qui constituent le registre de prédilection des formations de rock alternatif. Ce power trio incongru se permet également de réhabiliter, au risque du malentendu, les figures les plus unanimement méprisées du soft rock des années 70 (Billy Joel, Elton John, Supertramp), sans pour autant rien renier de l’énergie primale et de la fougue furibonde du punk rock. D’emblée, les compositions euphorisantes et décalées de Folds touchent directement le cœur tendre des nerds et autres membres de l’Internationale des binoclards qui reconnaissent d’instinct l’un des leurs derrière le pianiste virtuose. À l’écoute des premiers titres de ce Best Of, et notamment de ceux extraits de Ben Folds Five (1995) et surtout Whatever And Ever Amen (1997), le chef d’œuvre du trio, on se dit que le résident de Chapell Hill n’a jamais été aussi à son aise que dans l’expression narquoise du plaisir de la revanche, qu’il s’agisse de fustiger rétrospectivement l’hostilité des pairs (One Angry Dwarf And 200 Solemn Faces) ou l’indifférence coupable d’une conquête potentielle (Song For The Dumped et son imparable refrain : “Give me my money back, you bitch!“).

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Au fur et à mesure que Folds chemine vers l’âge adulte et vers le succès, ce ressentiment farouche s’estompe inévitablement au profit d’une écriture sans doute plus subtile, mais qui, après la séparation du trio, perd parfois de son intérêt, notamment lorsqu’il se contente de célébrer le bonheur conjugal ou les plaisirs, certes légitimes de la paternité (Still Fighting It, Gracie). Les collaborations plus récentes avec Ben Kweller et Ben Lee (The Bens) ou Nick Hornby (Lonely Avenue, 2010) ne parviendront d’ailleurs pas totalement à enrayer ce léger déclin. Parfois ennuyeux sur disque, Folds s’est en revanche toujours distingué par la qualité de ses prestations scéniques. Plus encore que les espoirs suscités par les trois nouveaux titres enregistrés en 2011 en compagnie de Darren Jesse et Robert Sledge, l’intérêt principal de cette compilation réside donc, une fois n’est pas coutume, dans les deux autres volets de ce triptyque compilatoire. Le deuxième, entièrement composé d’enregistrements live inédits, permet notamment de restituer l’extraordinaire puissance de feu du trio au sommet de son art et de sa gloire : sur des versions ébouriffantes de Julianne ou Video, on entend ainsi Folds maltraiter les cordes et les touches de son piano tel un Jerry Lee Lewis en pleine crise de delirium, accompagné par une section rythmique toujours irréprochable. Outre les extraits du quatrième album avorté de BFF, le troisième et dernier CD permet également d’apprécier l’inimitable talent dont fait preuve le pianiste dans l’exercice toujours délicat de la reprise : qu’il s’agisse de sublimer Careless Whisper en duo avec Rufus Wainwright, de rendre hommage au chef-d’œuvre de Steely Dan (Barrytown) ou d’adresser un clin d’œil inattendu à Dr. Dre (Bitches Ain’t Shit), il fait preuve de la même aisance et d’un sens jamais pris en défaut du détournement pertinent. Il ne reste plus donc qu’à espérer que Folds n’a pas épuisé ses dernières forces dans la construction de ce premier mausolée à la démesure de son talent.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #158


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