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The Information

archive mag novembre 2006
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Disons-le d'emblée, The Information est un disque moisi. Après avoir brillamment survolé durant la dernière décennie tout ce que la musique compte en sous-genres (hip hop foutraque, pop déglinguée, rock abrasif, funk hédoniste, folk naturel), Beck s'est résolu à devenir sa propre influence, s'autosingeant jusqu'à la Nausea, pour finalement remplir un rayon dans lequel on n'aurait jamais pensé le voir atterrir : les solderies. Ce septième effort se présente pourtant sous des dehors avenants, ceux d'un hip hop astucieux et d'une pop physique (parfois psychédélique), aguerris par les apparats d'une production godrichienne retrouvée. Mais l'illusion ploie rapidement sous le poids de gimmicks essoufflés, d'un flow anachronique, de refrains à courte vue. Pour un Think I'm In Love ascensionnel et inspiré, combien de Dark Star désincarné ? Trop, beaucoup trop. Imaginez les matrices sonores de Devils Haircut et The New Pollution (quelques-uns des joyaux d'Odelay, bijou aussi dense qu'éclectique sorti il y a déjà dix ans), déclinées sans conviction sur plus d'une heure, et vous aurez une bonne idée de ce qu'est The Information : un enregistrement étriqué, s'embourbant au fil des minutes dans la monotonie jusqu'au triptyque final, onze minutes aussi étranges qu'ennuyeuses. Comment Beck, qui a su assouplir la pop au point de la rendre malléable à tous les styles existants, a-t-il pu substituer à une exigence inventive ces pastiches en roue libre ? Si les plus sévères crieront à une imposture originelle scellant le gouffre qui séparera toujours le finaud du génie, les autres parieront plutôt sur l'érosion naturelle du talent d'un créatif hors pair en avance sur un temps dont il aura su recycler les modes mieux que quiconque, avant de se faire tout simplement rattraper par la lassitude. Désormais, Beck est un "entertainer" plus préoccupé à enjoliver le contenant qu'à assurer la pertinence du contenu. Ces marionnettes et ce danseur qui l'accompagnent sur scène, ce Dvd de vidéos faites maison accompagnant le disque, ces autocollants présents pour customiser la pochette de l'album... Que d'artifices chargés de nous faire passer l'amère pilule de la déception. On préfèrera utiliser ces fameux stickers pour rénover la pochette d'Odelay, et laisser l'emballage de The Information vierge d'images. Qu'importe le flacon, s'il n'y a plus l'ivresse.

Anna Lester

magazine num 105 article extrait de :
MAGIC RPM #105


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