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Midnite Vultures
archive mag décembre 1999
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C'est donc définitif, le nouveau petit génie du rock moderne se nomme Beck. Même chez nous, la cote du Blondinet affole les médias généralistes, de Télérama à Canal +, tout le monde y va de son laïus unanime et c'est très bien comme ça. Midnite Vultures, son sixième album, n'offre d'ailleurs aucune prise critique et impressionne d'entrée, bloc musical intense et sans aspérités, à l'image du fameux monolithe noir dans 2001, L'Odyssée De L'Espace. Un disque à la technologie exacerbée, un véritable arsenal d'effets spéciaux, de sons qui se bousculent, d'arrangements qui s'empilent, de programmations électroniques tous azimuts. Et au milieu, Beck qui s'invente un personnage de star sexy, quelque part entre le Prince en slip mauve de Controversy et Mick Jagger en soie disco période Emotional Rescue, le falsetto dans le rouge. Midnite Vultures est donc essentiellement tourné vers le funk fin de race et l'electro naissante des années 80, sans oublier d'incessantes incursions dans le hip hop old skool de Grandmaster Flash (Hollywood Freaks). La soul orchestrale d'Isaac Hayes (Debra), la robotique discoïde de Kraftwerk (Get Real Paid, méchante punition pour les Rythmes Digitales), les élans psychédéliques des Beatles (Nicotine & Gravy), le rhythm & blues brut de chez Stax (Sexx Laws qui se barre vers la fin en hillbilly), le groove 70's de Funkadelic (Mixed Business), le blues lascif des Stones (Peaches & Cream) pointent leur nez. Un reste de Beck "normal", non dénaturé (Beautiful Way, son côté country-folk), parachève l'œuvre. Tout cela en une petite heure chrono, pour une sorte d'exploit ou une folie qui vise à caser autant sur un petit disque de laser. Surtout avec des chansons au squelette simple et aux mélodies souvent renversantes, qui semblent toutes avoir séjourné longtemps en laboratoire, ce qui donne à ce Midnite Vultures des allures de robot D2R2 un peu déjanté. L'année dernière, on avait connu Beck dans l'intimité acoustique avec Mutations, il revient aujourd'hui en cosmonaute. L'an 2000 aura besoin de lui.
Hervé Crespy
article extrait de :
MAGIC RPM #36
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