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Mutations de Beck

chronique d'album

Times They Are A-Changin'... Ou comment la prédiction lancée par Dylan dans les années 60 trouve aujourd'hui son prolongement avec l'un de ses fils spirituels les plus doués. Hier, Beck, déguisé en trublion "slacker" dynamitait les canevas du folk et de la country, traduisant en langage jeune (via le hip hop ou le rock qui fait du bruit) le vieux dialecte du blues. Aujourd'hui, le voilà habillé en V.R.P. glissant doucement vers une sorte de conservatisme qui tranche de moins en moins dans le paysage du rock américain. Mutations, devait à l'origine sortir sur le petit label Bongload comme au temps de son premier single Loser. Mais Geffen, en bon gestionnaire, a récupéré l'affaire et Mutations, qui devait être ce fameux disque-bricolo promis par Beck depuis des lustres, s'avère être son album le plus sage et le plus académique. Peu de dérapages (hormis Diamond Bulloks en fin de parcours), trop peu de surprises (Cancelled Check et Static, déjà repérés sur quelques disques non-officiels, datent de... 1994) et pas mal d'emprunts à la pop anglaise comme ce Dead Melodies, voisin du She's leaving Home de Mc Cartney (!), ou O Maria, typique des Kinks des 60's. Autres exemples de mélodies d'une douceur insoupçonnée, Cold Brains, hymne traîne-savate pour feux de camps fatigués, Nobody's Fault..., folk psychédélique à usage nocturne ou le réjouissant Tropicalia comme un hobo perdu sur la plage de Bahia, dansant la bossa avec Jobim. La mutation annoncée prend alors tout son sens : le Loser mal peigné d'hier est devenu un sémillant jeune homme à allure de cadre en virée chez les ploucs du Midwest. Comme Beck est toujours aussi doué pour tromper son monde, il échappera pour cette fois-ci au goudron et aux plumes.

Hervé Crespy
MAGIC RPM  #24
article extrait de :
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