Vingt ans de Beastie Boys, c'est sûr, ça ne nous rajeunit pas ! Mais eux non plus, sommes-nous forcés d'ajouter après l'écoute de ce sixième album. Sur Hello Nasty, le disque précédent, ils avaient eu la bonne idée de mettre en avant leurs facéties, leur sens de l'humour et leur savoir-faire musical pour aller de l'avant et finalement sauver les meubles. Cette fois, ils nous vendent To The 5 Boroughs comme un retour à une formule hip hop brute doublée d'une critique socio-politique pertinente et d'un hommage sincère à la Grosse Pomme. Mouais. Pour tomber dans le panneau, il faudrait être amnésique ou n'avoir jamais écouté (ni même entendu) un disque des Beastie Boys. Certes, on retrouve leur flow légendaire, fluide et précis, mais les 3 Mc's de Brooklyn s'essoufflent vite à courir derrière leurs beats les plus détonants (ceux de Paul's Boutiqueet de Licensed To Ill). Jamais non plus, ils n'arrivent à effleurer le génie créatif qui les guidaient à l'époque de Check Your Headet Ill Communication. D'ailleurs, quand ils piquent le riff de Sonic Reducerdes Dead Boys, force est d'avouer qu'ils ne savent plus quoi en faire, sauf à singer N.E.R.D. Plus loin, c'est une boucle cousue de fil blanc de Rapper's Delightqui enfonce le clou : facilité, paresse et vulgarité. Pour ce qui est de la critique anti-Bush, celle-ci est au moins aussi molle que le reste du disque. Ces messieurs faisaient preuve de plus l'ardeur quand il s'agissait de vitupérer la Chine et défendre aveuglément la secte obscurantiste des amis de Richard Gere. Reste enfin l'ode à "la cité qui ne dort jamais". C'est sûr quand on voit New York aujourd'hui, il y a de quoi être nostalgique : de Harlem à Coney Island, la ville n'est guère plus qu'un ghetto surpolicé pour golden boys et stars hollywoodiennes fuyant le big one imminent. Elle n'avait sûrement pas besoin qu'on en rajoute une couche avec un hommage pareil.