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Solid Gold Hits de Beastie Boys

chronique d'album
Disons-le d’emblée : le seul intérêt de cette compilation réside dans sa pochette. Cette photo d’anthologie, prise sur les trottoirs de New York en 1984 par Josh Cheuse au moment où la discographie des Beastie "baby" Boys se limitait à quelques maxis, saisit l’essentiel : l’attitude. Ghettoblaster chromé flambant neuf, survêtements bicolores ornés du félin bondissant, lunettes “Rick Hunter” teintées, sneakers blanches et casquettes trop larges graffées comme les murs gris et sales qui servent de décor à ces poses arrogantes et hautaines, à ces regards fiers et insolents. Pas de doute, ces trois garçons alors à peine majeurs le savent déjà qu’ils vont marquer l’histoire du hip hop comme l’assassin de l’actrice Sharon Tate, Charles Manson, celle du cinéma. De manière improbable, en entrant par la fenêtre et sans faire de quartiers.  Et peu importe si, deux ans plus tôt, ils sortaient un maxi de punk hardcore. Car les Beastie Boys manient l’art du contre-pied comme celui du MCing : avec adresse et humour, sans se soucier des pisse-vinaigres qui ne considère pas le rap autrement que comme une musique noire et revendicative.

La seule chose qu’ait toujours revendiquée les trois New-yorkais, c’est la liberté. La liberté d’introduire des guitares hard rock dans leur musique, la liberté de sortir un disque novateur et anti-commercial (Paul's Boutique) trois ans après le carton historique de Licensed To Ill (1986), la liberté de se prendre au sérieux lorsqu’il s’agit de défendre le Tibet ou de monter un label (le défunt Grand Royal). C’est donc à un groupe indocile que Solid Gold Hits rend hommage en réunissant, comme son nom l’indique, ses plus gros succès, du robotique Intergalactic au funky Hey Ladies, en passant par le culte Fight For Your Right. Mais sans livret et avec seulement quinze morceaux au compteur, cette compilation fait pâle figure à côté des quarante-deux titres de la Beastie Boys Anthology d’il y a six ans. Reste le plaisir de réécouter ces flows scandés, ces egotrips imparables, dont ce vers francophile issu de Body Movin’ : “La crème de la crème is who I am”. On ne saurait les contredire.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #96
article extrait de :
MAGIC RPM #96 Commander ce numéro


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