Finalement, cela tient à peu. Une voix qui tombe
juste, des accords mineurs, une petite mélodie grisante, et il n’en faut pas
plus pour être emporté par une chanson jusqu’à la damnation, sans aucun espoir
de renaissance. Dennis Wilson l’avait sans doute compris en écrivant son
abyssale Lady. Vaste responsabilité,
donc, que celle de Beach House, qui étreint entre ses bras fluets une
irrésistible Gila, de ces géantes
d’argile, vaporeuses et cajoleuses, qui vous prennent au creux de leur main
pour vous hisser vers le ciel. Véritable tête chercheuse de frissons, le chant
de Victoria Legrand, étranglé de soul et magnifiquement androgyne, y est
sûrement pour beaucoup dans l’envol spirituel suscité par ce bien-nommé Devotion. Sa pop insidieuse repose
pourtant sur des moyens aussi limités que son imagination est fertile : des
guitares étourdies de réverb’, quelques pincées de claviers, des rythmes
rachitiques, joués ici par des marcacas, là par un tambourin, parfois marqués
d’un simple clic. Beach House détient surtout le secret pour faire onduler la
musique, comme on l’a rarement entendu ailleurs. Enfin, si, une fois, chez Neil
Young ‑ implorant Look Out For My Love.
Ou encore dans Twin Peaks, si tous
les éléments de la bande-son avaient fusionné par magie. Établi à Baltimore,
pour ne pas faire comme tout le monde, le duo franco-américain a beau signer là
son second album, peu de temps après son introductif Beach House, il se dégage une superbe assurance de ces chansons au
charme fâné. La valse inquiétante Holy
Dances, la majestueuse Darling ou
la stratosphérique Home Again (de la
neige en été, c’est enfin possible) contribuent par petites touches à former un
tableau saturnien et nostalgique. La nostalgie de ce qu’on croit n’avoir jamais
connu et qu’enfin on découvre, le cœur béant. Cela s’appelle l’extase.