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Beach House est un duo bien vivant, mixte et franco-américain. On aurait pourtant parié sur une vue de l’esprit, une simple émanation, le mariage du vent et de la mélodie, tant ces trente-six minutes en suspension dispersent les volutes d’une rêverie sans âge au gré de notes tiraillées par le spleen. Enclins à la digression, les yeux clos, le cerveau en berne et l’âme ballante, on écoute la comptine ondoyante Master Of None comme valseraient de concert un prince de coton et une poupée de soie, comme ils feraient l’amour en plein ciel, lovés dans les nuages et bercés par le souffle d’une voix épaisse aux éclats d’éther. Celle de Victoria Legrand, nièce de l’illustre compositeur, qui survole ce disque comme un spectre omniscient, imprégnant chaque rythmique ensommeillée, chaque clavier assoupi, chaque guitare claironnante, d’une aura aussi légère que dramatique.

Moins vertigineuse et plus artisanale que celle déployée, naguère, par Mazzy Star ou les Pale Saints (autres fieffés semeurs de torpeur onirique), la pop ailée de Beach House carillonne avec la patience d’Atlas et le ravissement d’Orphée, quand xylophones, clochettes ou slide guitar en halo drapent ces vignettes fuyantes comme les bijoux intègrent l’écrin. Mélodies étalons, Auburn And Ivory et Childhood se dévoilent tel l’éclair, le chant funambule de Victoria parvenant à élever sans peine et avec fulgurance un matériau à priori modeste vers des sommets de pureté vulnérable. Divin somnifère, Beach House ne se contente pas d’enlacer avec délicatesse Morphée. Il la baise avec amour.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #114


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