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Oubliez l'étiquette autoritaire (un classique muet suédois) dont est affublé le film Haxan (1921). À l'origine, son auteur Benjamin Christensen se souciait de mener une enquête sur la sorcellerie et le diable à travers les âges. L'investigation croisa la voie tentatrice d'un cinéma alors en pleine phase créatrice, auquel l'imaginatif suédois devait céder pour réaliser une oeuvre iconoclaste et paillarde, dont l'artisanat ludique obéit peu à l'orthodoxie cinéphile. Cette irrévérence ne pouvait que séduire Bardi Johannsson, musicien narquois tout de même dissimulé sous le patronyme de Bang Gang. Il offre aujourd'hui à Haxan un nouvel accompagnement sonore au travers d'une partition ample qui nous venge de toutes les créations miteuses ou hors sujet dont les films muets sont régulièrement affublés. Pour ce faire, il s'est payé un orchestre philharmonique, non seulement parce que l'occasion est trop belle, mais aussi parce qu'il est trop malin et fier pour singer le minimalisme pérennisé par Yann Tiersen. Si son approche n'était aussi gracieuse et harmonieuse, Johansson tomberait vite dans le piège inverse, cet académisme pompeux qui phagocyte 90% des bandes originales actuelles. Comme il n'ignore pas qu'il y a plus dangereux que le diable en la personne de ceux qui en sont toqués, Bardi Johannsson sait probablement que l'écoute d'une BO débitée au kilomètre n'est rien à côté de l'ennui procuré par l'obligation de composer en fonction des archétypes de la musique de film. Plus éclectique et plus ouvert d'esprit, cet Islandais mutin se tire élégamment d'un exercice par ailleurs trop répandu pour s'avérer sans risque. Sur disque, le résultat s'émancipe de sa seule fonction d'accompagnement, comme le film est parvenu à dépasser le genre fantastique pour se muer en une étude sur l'intolérance.
JULIEN WELTER
MAGIC RPM  #100


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