Enfin, l'album. Il ne s'est certes passé qu'un an et demi depuis l'éviction de Pete Doherty des Libertines. Un laps de temps pourtant si riche en rebondissements funestes, burlesques ou absurdes que l'on commençait à trouver le temps long. L'enfant terrible du rock anglais et son nouveau groupe, pris entre les délires d'une presse tabloïde qui tire à vue et l'adoration de ses fans, n'avait pas le droit à l'erreur. Même après une poignée de singles plus ou moins réussis. Et, nom d'une pipe à crack, Down In Albion est la preuve que Doherty, aussi débauché et dispersé soit-il, sait très bien ce qu'il fait. En seize titres, le disque fait le tour de ses obsessions morbides, entre chaos punk et puissance mélodique. Comme les Libertines, donc ? Non. Babyshambles, leur nom l'indique, sont largement plus foutraques et surtout passionnants (entendez imprévisibles). Et ce grâce au travail insensé de deux gâchettes de génie : le guitariste Pat Walden (entre Coxon et Mascis, prend un risque par seconde) et Drew McConnell, vraie révélation, dont les lignes de basse puissantes et mélodiques, mixées très en avant par Mick Jones et Bill Price, tiennent l'ensemble à bout de bras. La Belle Et La Bête, rengaine rockabilly où fredonne (pas si mal) Miss Moss, plonge d'emblée dans une atmosphère brumeuse de débauche et de romantisme. Dès lors, tout est permis dans un album bourré d'influences contradictoires et qui ne s'autorise que deux faux-pas (sur seize) : What Katy Did Next, un peu léger, et Pentonville, un incongru reggae chanté par l'ex-compagnon de cellule rasta de Peter, le General Santana. On retiendra plutôt les mélodies épidémiques de The 32nd Of December, A Rebours (que n'auraient pas renié Marr & Morrissey) ou Albion, merveille revisitée de l'époque Libertines, chant d'amour à une Angle-terre fantasmée par William Blake. Ou l'urgence décousue des tours de force déjantés que sont Pipedown ou 8 Dead Boys, la fragile sincérité des ballades In Love With A Feeling ou Merry Go Round, qui, après le quasi expérimental Up The Morning, clôt l'album en acoustique, avec Doherty s'écroulant lamentable-ment dans le studio. Une fin parfaite pour un album qui divisera, certes, mais fera date. Et qui ne laissera qu'aux sourds le loisir de prendre Pete Doherty, songwriter de génie, et ses Babyshambles de haut.