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Entrevue - 12/07/10 de Avi Buffalo

interviews
Déjà l’une des plus belles surprises de l’année, le premier album d’Avi Buffalo aligne les pépites pop psychédéliques légères et poignantes, comme The Shins ou Galaxie 500 autrefois. Elles sont l’œuvre d’un très jeune auteur-compositeur, dont la réussite gracieuse peine à gommer l’exigence et l’insatisfaction. Rencontre légèrement décalée avec Avi Zahner-Isenberg et sa vraie fausse muse Rebecca Coleman. [Article Vincent Théval].

Avi Buffalo - Remember Last Time by subpop

Un peu comme quand David Pujadas est en liaison satellite avec un correspondant à l’autre bout du monde, il semble y avoir un décalage d’une ou deux secondes entre le moment où l’on s’adresse à Avi Zahner-Isenberg et le moment où nos phrases arrivent à bon port. Pourtant, le garçon est assis juste en face de nous, attablé de bon matin dans un café parisien. Ce léger décalage horaire possède un certain charme et signale moins une lenteur d’esprit que le caractère légèrement flottant d’un jeune homme qui peine à sortir du petit monde qui l’a vu grandir, dans la banlieue de Los Angeles. Il faut convenir que tout est allé vite pour Avi Buffalo, dont le miraculeux premier album éponyme est accueilli à bras ouverts de part et d’autre de l’Atlantique. À ses côtés aujourd’hui pour évoquer ce disque et le parcours du groupe, Rebecca Coleman (claviers, chœurs) est plus dynamique et volubile, presque trop. Les deux parlent régulièrement en même temps, se marchent gentiment sur les pieds, se taquinent. L’histoire veut qu’elle soit l’inspiration première des chansons d’Avi, qui aurait fondé le groupe d’abord pour la séduire. C’est une version édulcorée que sert aujourd’hui Rebecca, en forme de démenti tout mou : “J’ai intégré Avi Buffalo au moment où nous sommes devenus amis. Le groupe et notre amitié ont commencé en même temps, mais ce n’est pas une histoire d’amour”.

Dans une demi-phrase qui sonne comme un soupir presque comique, Avi insiste : “Non, de musique uniquement !” Les deux acolytes ont grandi dans l’ennui confortable de Long Beach (Californie), sans prédisposition ni passion précoce pour la musique, mais jamais trop éloigné de quelques disques et instruments. Si chez Rebecca la discothèque familiale était pauvre (“Mon principal contact avec les Beatles, c’était des poupées de George Harrison et John Lennon, que j’ai cassées lorsque j’étais encore bébé), un bout de la famille est de la partie : papa est guitariste et travaille dans le milieu de la musique et tata est une pianiste de jazz professionnelle qui, au climax de sa carrière, a joué pour Bill Clinton. Vers six ou sept ans, Rebecca s’y met à son tour, d’abord dans les règles de l’art, puis selon son bon vouloir (“J’ai appris à lire la musique mais je n’étais vraiment pas investie dans mes leçons et j’ai fini par jouer à l’oreille, jusqu’à ce que ma prof s’en aperçoive et essaye du coup de m’apprendre le jazz. C’était bizarre). Avi grandit ainsi entouré des classiques de l’histoire du folk (Paul Simon, Joni Mitchell) et est aussi découragé par la rigueur des cours de guitare qu’il suit dès le collège.

La chance va mettre Joe Weinberg sur son chemin, un homme un peu marginal, bien plus âgé que lui, excellent guitariste et grand amateur de blues : “C’est un ami de la famille depuis un bail, probablement depuis l’époque où ma grande sœur et son fils aîné fréquentaient le même jardin d’enfants. Il me connaît depuis que je suis né. C’est un type du quartier, un peu barré, qui pratique les arts martiaux et le blues et qui n’a jamais vraiment bossé. Un jour, il m’a vu gratouiller dans une boutique de guitares et m’a pris sous aile, en m’invitant notamment à jouer avec lui tous les mercredi à une soirée blues. J’ai donc joué du blues avec des vieux types. Il a été un excellent professeur de guitare, un vrai mentor pour moi. On n’a jamais été ébloui par la technique des grands guitaristes de l’histoire du rock, mais il faut admettre que la fluidité du jeu d’Avi tient une part importante dans la haute tenue de ses chansons, dont la noirceur et la candeur adolescente se chargent soudainement d’une épaisseur et d’une classe inouïes. Si les compositions du quatuor jouent sur une alchimie parfaite entre cette guitare agile, une rythmique élégante et souple, des claviers acides, une voix androgyne et des harmonies vocales psychédéliques, il faudrait être aveugle pour ne pas constater qu’Avi Buffalo est une émanation directe et exclusive du cerveau d’Avi Zahner-Isenberg, qui a imaginé les moindres recoins de ce répertoire très personnel et donne son nom au groupe dans un aller-retour identitaire assez étourdissant : avant de devenir son nom de scène, Avi Buffalo était son surnom quand il jouait au baseball, gamin. Au collège, tout le monde l’appelait comme ça. Certains, comme Rebecca, n’ont découvert son vrai patronyme que dans l’annuaire de fin d’année, après avoir cherché un petit moment (d’évidence, il ne se trouvait pas à la lettre B). Quand c’est devenu le nom du groupe, le garçon a récupéré son vrai patronyme pour signer les chansons, mais il a maintenant l’impression qu’il peut à nouveau s’appeler Avi Buffalo. C’est bizarre, il en convient. Les deux secondes de décalage horaire nous paraissent finalement un moindre mal.

MAGIC RPM  #144


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