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Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel de Atlas Sound

chronique d'album
La déveine fait partie de ces désagréments auxquels il est inutile de chercher à s’habituer, car la chance finit par tourner tôt ou tard. Bradford Cox en est la plus parfaite illustration. Atteint d´une maladie génétique rare (le syndrome de Marfan), il a aussi été doté d’un singulier génie musical. Assigné sur un lit d’hôpital l’été de ses seize ans pour de lourdes opérations chirurgicales, il consacre ce temps à la musique. Il sévit d´abord sous le pseudonyme d’Atlas Sound, puis s´entoure d´un groupe, Deerhunter, qui a perdu leur bassiste dans un accident de skateboard. Let The Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel est le résultat de ces amères expériences, à la croisée de l’ambient, de l’electro et du shoegazing. D’emblée, A Ghost Story, chanson d´ouverture, laisse la voix hésitante d´un enfant parler d’un fantôme, lentement submergée par un grésillement tout “kompaktien”. S’ensuit River Card ou le funeste mythe de Narcisse magnifiquement relevé à la sauce dream pop : “River´s bottom dark and blue/Why do I love you ?/You´ll drown me”. Un glockenspiel annonce le céleste Quarantined, où Cox se met à la place d`un séropositif et murmure inlassablement “Quarantined and kept so far away from my friends/I am waiting to be changed”. Après avoir atteint un summum d’angoissante beauté, le disque prend une tournure plus instrumentale, plus leste. Impossible néanmoins de ne pas se laisser emporter par l’avant-dernier morceau, Ativan, digne d’American Analog Set. Avec Atlas Sound, la chance est de notre côté.
Elvire von Bardeleben
MAGIC RPM  #121


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