Pochette économe, intitulé laconique : Aswefall est de ces projets dont l'apparente nostalgie se révèle plus factuelle que condescendante. Cette position en retrait permet au groupe de se tenir éloigné de la pompe, du second degré ou de l'opportunisme, pour leur préférer une modestie qui s'avère être la meilleure façon d'appréhender un disque qui souffrirait sans doute d'une exposition trop violente à la lumière ou au cirque médiatique. À considérer qu'il est tombé du ciel, Bleed est mieux à même de travailler une veine nostalgique et agile, relevant d'une insouciance inspirée davantage que d'un énième concept rétrofuturiste artificiel. Tout en s'appliquant à faire mouche avec une facilité déconcertante, la musique d'Aswefall semble débarrassée de tout calcul. Avec aisance, elle passe d'une ouverture qui hommage le Mazzy Star des débuts (Between Us, interprété par Daniela D'Ambrosio) à une série de plages en grande partie instrumentales (le joliment adolescent Ride ou l'accrocheur et mystérieux Youngeez). Le souvenir de la basse d'ESG, des claviers de John Carpenter ou de la new-wave anglaise y fait de petites et discrètes merveilles. À l'heure où Death in Vegas semble épuisé par les tournées incessantes et les bonbons trop vitaminés, Aswefall incarne la relève en mode candide et attachant. Ce duo se compose de Clément Vaché, croisé au sein du collectif Kill The Dj, et de Léo Helldén, un temps guitariste auprès du beaucoup moins sincère Jay Jay Johanson. Artisanal et achevé, libre de tout formatage et pourtant remarquablement concis, Bleed les engage en douceur sur une voie lumineuse.