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It's A Bit Complicated de Art Brut

chronique d'album

Leur premier album, Bang Bang Rock’N’Roll (2005), l’annonçait avec superbe. Date d’acte de naissance oblige – l’exaltant et hilarant Formed A Band, asséné au printemps 2004 –, les gens d’Art Brut avaient beau avoir été fourrés dans le même sac que les autres aspirants rédempteurs de la scène british, ils étaient différents. Élégamment différents. Mené par Eddie Argos, un leader foutraque comme seule la Grande-Bretagne semble capable d’en enfanter (un ou deux par décennie, rarement plus), le groupe malmenait rock et pop à grands coups de guitares lunatiques, de rythmiques élastiques et de textes scandés à haute teneur désopilante. Une alternative salutaire à la sériosité ambiante, aux prétentions arty et post-tout-et-n’importe-quoi qu’affichaient la plupart de leurs congénères. Derrière ce nom francophile et éminemment cultivé, se cache ainsi une fine équipe de joyeux drilles, qui, même remaniée (depuis, le guitariste démissionnaire Chris Chinchilla a été remplacé par Jasper Future), continue de se contrefoutre des valeurs historiques et autres règles de bienséance. Alors, Eddie détourne des titres “légendaires” (désormais, on rêve de glisser dans la sono des vestiaires des fanfarons du Stade Français le I Will Survive à la sauce Art Brut) pour scander ses saynètes perturbées. Entre profession de foi absurde (le justicier St Pauli) et mélodie insidieusement badine (l’amer People In Love), le quintette a monté le volume de ses amplis, enrichi sa palette (chœurs dévastateurs, soli tonitruants, instruments surprenants) et joue avec une conviction presque déraisonnée. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, ils ont façonné un Direct Hit étourdissant sur lequel Kiss copule avec les Buzzcocks (enfin, quelque chose dans le genre), ont calqué leur foulée sur celle des Dexys Midnight Runners le temps d’un Late Sunday Evening cuivré. Qu’importe si l’on ne comprend pas toujours l’Argos, cet homme qui manie le second degré avec une dextérité sensationnelle, car la force d’Art Brut réside aussi (et surtout) dans ses chansons jubilatoires que l’on reçoit en pleine poire comme autant d’uppercuts, avant de frôler le KO sur un Nag Nag Nag Nag vrombissant à nous faire tomber par terre – la faute à (Cabaret) Voltaire. Pour expliquer le titre de ce deuxième album, Eddie, orphelin de sa moustache, a évoqué les maintes difficultés rencontrées à l’heure de sa conception. Le résultat est d’une telle fluidité dégingandée, en équilibre parfait entre morgue faussement altière et ferveur brillamment palpitante, que, tout à coup, les choses sont surtout devenues complexes pour une concurrence qui semble dépourvue d’arguments face à cette bande d’a(rt)brutis.

Christophe Basterra
MAGIC RPM  #112


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tomtom - 08/08/2008 18:44
Alors là j'accroche pas du tout, ça me heurte les oreilles cette reprise !