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Compte-rendu live - 10/06/10 de Ariel Pink

interviews
Avant-hier, Ariel Pink était à Paris pour une épique journée de promotion conclue par un concert au Point-Éphémère. Compte-rendu circonstancié du boui-boui qui a eu cours ce jour-là. [Texte plein de paragraphes et photos pleines d'effets par Jean-François Le Puil].

Cette androgynie de tâcheron, ce burlesque déviant, ce visage si mâle qui éructe des scansions si sensuelles, cette stature d’improbable outsider qui finira forcément par agenouiller un monde entier de plumitifs enfin convertis, ces chansons naturellement immédiates qui ingurgitent des décennies de bon ou mauvais goût pour en dégueuler du hit (post)moderne en pagaille… En allant vite en besogne, leur Ariel Pink à eux, c’est un peu notre Philippe Katerine à nous, hein.

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Aussi, à n'en point douter dès son entrée sur scène, leur Ariel Pink à eux est camé jusqu’à l’os. Et cramé pour la vie. Après des années d’activisme au tout petit jour, l’homme d’une flambante légende underground se retrouve pourtant signé sur 4AD grâce au caprice d’un patron d’industrie revenu de tout, qui se réjouit d’accueillir sur son label mythique un compositeur californien assez phosphorescent pour boutiquer au bon moment un album imparable, et assez bousillé du cerveau pour foutre en l’air, ce mardi 8 juin, toutes les interviews qui pourraient lui valoir un semblant de promotion française appropriée. Du discours de la méthadone.

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Après plusieurs minutes d’une introductive dérive drolatique qui interloque jusqu’aux compagnons d’action de l’Américain, le concert d’avant-hier soir a commencé par une version ébouriffante de la saillie ancienne Strange Fires (2004). Telle la concentration flinguée de John Maus et Christopher Owens (Girls), deux fistons semblables qu’il a façonnés sur mesure sans avoir l’air d’y toucher, Ariel Pink et ses couettes de fillette ravissent alors les nostalgiques de la première heure archaïque, quand les peu habitués absorbent instantanément la grêle folie du bonhomme. C’est pas souvent qu’on voit gambader sur scène un chanteur qui exhale sincèrement le débordement mental comme toutes les couineuses populaires actuelles puent si vulgairement le sexe, qu’on entend éructer un diseur qui intensifie ses borborygmes schizos comme d’autres braillards de pacotille déversent péniblement leur originalité pauvrette dans un maniérisme de bas étage.

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Ceux qui arguent d’une pose roublarde et d’un cirque veuf d’honnêteté doivent s’en remettre à ce regard démentiel qui, d’un coup d’œil à l’autre, fascine autant qu’il glace. Tantôt, d’une intensité formidablement perçante, il capture toute l’attention. Tantôt, d’une expression tellement vacante, il impose une distance pernicieuse avec l’audience. Physiquement, Ariel Pink est parmi nous comme un animal exilé. Mentalement, Ariel Pink est ailleurs comme une donnée saugrenue oubliée quelque part dans une matrice inconnue. Comme un pantin pop aux fils coupés qui flottent sans discernement dans vos fantasmes d’une existence romanesque vécue à l'extrême.

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Quatre titres plus tard (dont le hit d’hypogée For Kate I Wait), Bright Lit Blue Skies déride l’assistance et surligne l’importance du nouvel album Before Today dans la carrière du bonhomme. La sortie du souterrain est réelle, ne tient qu’à Ariel Pink de s’épanouir en pleine lumière ou de se carapater en vitesse pour retourner brouter l’obscurité. À vrai dire, de l’issue du défi, au mieux, le Californien a l’air de s’en soucier comme de sa première TDK. Au pire, il n’en saisit pas la grandeur : Before Today apparaîtrait alors comme une prouesse de passage destinée à nourrir un mythe fatalement foutu en l’air.

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Parfois Lawrence en roue lib’, de temps en temps Iggy Pop en bas résille, souvent hurluberlu glam extirpé d’un opéra tragicomique dans lequel on entre en s’essuyant les talons sur des camisoles paillassons, Ariel Pink piétine la scène avec une présence impayable. Là où la quasi-solitude lo-fi tenait auparavant le rôle de voilage flamboyant, le quarteron de musiciens assassine désormais la mesure avec une patience remarquable. Histoire d’assurer un semblant d’équilibre rationnel, de passer une éponge impeccable sur les étourdissements passagers du maître de cérémonie, tout en prêtant le flanc à quelques longueurs dans l’exécution (des relents psychés hard, et même qu’une fois, on pense aux Doors !).

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Au milieu des années 00, à force d'entendre circuler son nom comme on délivre un sésame, Ariel Pink était devenu un personnage presque imaginaire, une légende suburbaine dont on connaissait les tenants sans se soucier des aboutissants. Un artiste que Pitchfork méprisait quand Simon Reynolds le louait à la sauvette dans The Wire au détour d'un article définitif sur Animal Collective. À l'époque, par son jusqu'au-boutisme tordu, vénérer Ariel Pink était une gageure. Aujourd'hui, par ses hymnes clarifiés, l'adorer est une évidence. En live, les vices et les vertus des deux époques s'entrechoquent, le temps emberlificote ses épreuves pour dégainer plein pot l’une des personnalités les plus inclassables, irraisonnées et, au final, attachantes du paysage musical actuel. Surtout quand, après le concert, à la sortie du Point Éphémère, on voit Ariel Pink vagabonder sur le quai nuiteux avec ses couettes rigolotes et son affaissement hérité d'une vie désagrégée. On croirait voir une vieille mamie à secourir. Ou un héros corniaud à étreindre.


> Setlist :

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Jean-François Le Puil


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