On s'était
presque fait une raison. Le génie s'érode et les idoles sont faites pour être
foulées du pied. Avec sa panne de créativité avouée, Ariel Rosenberg semblait
condamné à revivre la nostalgie du frisson de ses premiers enregistrements,
pris au piège de son œuvre et de la hype. On cherchait une consolation dans les
titres de Geneva Jacuzzi, sa splendide petite amie, dans la relève prometteuse
de Raw Thrills et dans l'espoir de voir à nouveau quelques démos exhumées. Une
production léchée pour un disque labellisé 4AD ? La nouvelle avait de quoi
surprendre : si quelqu'un est étranger à l'esthétique très sérieuse du label
historique, c'est justement Ariel Pink ! Que de mauvais augures pour un album si
longtemps attendu et dont on attendait finalement si peu. Mais notre cher ami a
de la ressource, jusque dans la moindre de ses chutes.
Le génie de la pop en chambre, expert en humour expérimental (il le prouve à nouveau) et magicien de la lo-fi a très bien réussi son premier long essai en studio, travaillé avec ses acolytes en live depuis plus de deux années. Finis les beats bruités à la bouche, les six couches de voix superposées et la densité si particulière du huit pistes analogique. Le disciple de R. Stevie Moore a quitté le parc à jouets où il avait recréé à sa manière toute une féérie des années 80, sans toutefois abandonner l'imaginaire qui lui sied si bien. Évidemment ce changement de cap ne va pas sans quelques grimaces et autres grincements de dents. Comme autrefois The Doldrums (2004) suintait le cheap par tous les pores, Before Today dégouline d'une propreté surannée.
La nouvelle virginité insufflée par le kitsch d'une production ultradatée à Beverly Kills, Little Wig et L'Estat (Acc. To the Widow’s Maid) est évidemment une réponse à sa volonté de s'affranchir en réinventant sa propre œuvre. Tout au long des douze titres, le Californien et son groupe développent une mythologie de la reprise musicale : la reprise au sens commun (Bright Lit Blue Sky de The Rockin' Ramrods), l'autoreprise (les trois titres précités), la cover dissimulée (l'excellente Round And Round inspirée par le Broken English de Marianne Faithfull). Son obsession pour une musique qu'il n'a pu vivre au mieux que du haut de ses cinq ans fait de Before Today un faux disque des années 80 et une véritable œuvre postmoderniste qui touche au sublime avec Fright Night (Nevermore). C'est là tout le génie d'Ariel Pink qui, au pays du pastiche, est toujours un prophète.
Le génie de la pop en chambre, expert en humour expérimental (il le prouve à nouveau) et magicien de la lo-fi a très bien réussi son premier long essai en studio, travaillé avec ses acolytes en live depuis plus de deux années. Finis les beats bruités à la bouche, les six couches de voix superposées et la densité si particulière du huit pistes analogique. Le disciple de R. Stevie Moore a quitté le parc à jouets où il avait recréé à sa manière toute une féérie des années 80, sans toutefois abandonner l'imaginaire qui lui sied si bien. Évidemment ce changement de cap ne va pas sans quelques grimaces et autres grincements de dents. Comme autrefois The Doldrums (2004) suintait le cheap par tous les pores, Before Today dégouline d'une propreté surannée.
La nouvelle virginité insufflée par le kitsch d'une production ultradatée à Beverly Kills, Little Wig et L'Estat (Acc. To the Widow’s Maid) est évidemment une réponse à sa volonté de s'affranchir en réinventant sa propre œuvre. Tout au long des douze titres, le Californien et son groupe développent une mythologie de la reprise musicale : la reprise au sens commun (Bright Lit Blue Sky de The Rockin' Ramrods), l'autoreprise (les trois titres précités), la cover dissimulée (l'excellente Round And Round inspirée par le Broken English de Marianne Faithfull). Son obsession pour une musique qu'il n'a pu vivre au mieux que du haut de ses cinq ans fait de Before Today un faux disque des années 80 et une véritable œuvre postmoderniste qui touche au sublime avec Fright Night (Nevermore). C'est là tout le génie d'Ariel Pink qui, au pays du pastiche, est toujours un prophète.
1 réaction réagir
N'empêche que ce disque, au final, est épouvantablement laid et artificiel... Mais bon, si c'est du génie, ça... Pour se repaître de cette musique, mieux vaut écouter les originaux ou se plonger dans le Bowie de "Lodgers" ou "Scary Monsters". C'est dingue cet amour des ersatz, parfois.