Si votre carrière part en sucette, si votre femme vous a quitté il y a peu, si l'argent commence à manquer, si vos amis vous tournent le dos, bref, si vous êtes au bout du rouleau et que subsiste malgré tout l'envie d'écouter un peu de musique, Derdang Derdang est le disque idoine. Vous y entendrez onze chansons anthracites, soit autant d'hymnes à la perdition qui ne vous remonteront en rien le moral, mais auront le mérite de vous précipiter au fond du trou avec panache, un sourire impudent et gaillard au coin des lèvres. Cette ivresse des profondeurs ne doit pourtant en rien à une cold-wave habitée ou un folk dépressif, on plonge ici au son d'un psyché-blues camé jusqu'à l'os, d'un boogie rock embrasé, vorace et dansant comme les flammes. Après Fur, premier Lp du même acabit sorti il y a à peine deux ans, ce trio originaire de Wiltshire récidive et est bien décidé à poursuivre le travail de sape entamé par The Pink Fairies il y a bien longtemps.
Malheur à l'hérétique qui oserait se mettre en travers de leur chemin, tant la soif d'en découdre et la détermination rageuse du groupe semblent inébranlables. Comme peuvent l'être les guitares métallisées de Jab Jab et son final apocalyptique, ou celles, stridentes et décuplées, de la montée en puissance désespérée Modern Lovers, deux cocktails Molotov soniques qu'on verrait bien enflammer les cartons de vinyles trop bien remplis des deux groupes en Black (Keys, Rebel Motorcycle Club) du moment. Si le groove possédé de ces brûlots doit beaucoup à une batterie aussi agile que brutale (les coups de boutoir guerriers du dantesque Kink), un chant électrifié (dont les sursauts secs et apeurés rappellent parfois la paranoïa de Clinic) procure à l'ensemble des allures de transe cathartique. Et puisqu'on aurait trop peur de se retrouver terrassé par l'entreprise de démolition présentée ici, on souhaitera benoîtement bonne chance à Mark Cleveland, Dorian Hobday et Sam Windett qui, comme aurait dit Landru, savent trancher dans le vif.