Clôturer un festival de l'ampleur de Rock En Seine par Arcade Fire est une idée excellente, l'ampleur de l'un répondant à l'ampleur de l'autre. Une prestation qui a débuté comme un rêve : euphorie collective, musique au diapason, Arcade Fire démontrant au fil des morceaux qu'il est toujours le groupe le plus puissant du monde. Avant que la pluie ne vienne gâcher la fête et laisser un public aussi frustré que trempé. [Compte-rendu Victor Thimonier].
Au fil des années, la discographie d'Arcade Fire ressemble de plus en plus aux alignements de Carnac : une suite de monolithes érigés dans le plus grand mystère. Il en va des albums comme il en va des personnes : sur scène, ils sont tout aussi majestueux, du dolmen Win Butler au petit menhir Régine Chassagne. C'est sûrement pour illustrer cette proximité avec le légendaire site morbihannais qu'un groupe de jeunes gens passablement éméchés, perdus au milieu des 10000 personnes de l'assistance, brandissent un drapeau breton pour accueillir les Canadiens. À moins qu'il ne s'agisse d'une plaisanterie fine entre gens de bon goût. Car les crétins, régionalistes ou non, sont en masse pour accueillir les flamboyants Montréalais, dans une proportion qui grandit de façon inversement proportionnelle à la proximité de la scène : à partir d'une cinquantaine de mètres de celle-ci, c'est un chaos régi par la seule loi des coudes. Le compromis raisonnable étant à la trentaine de mètres, distance où, à moitié crétin, on peut voir la scène à peu près convenablement, malgré la pointe de honte envahissant secrètement les nuques décomplexées des personnes dépassant le mètre soixante-quinze, cauchemar et seul spectacle des gens de petite taille.
Ces bémols contextuels mis à part, la musique est au poil. Propulsé par le désormais habituel Ready To Start, le concert démarre sur les chapeaux de roue. Derrière l'orchestre, un grand écran diffuse images de crépuscule et de palmiers et reprend parfois des images traficotées de live. Tout le monde les aime fort, chante avec eux. Win est un bloc, un monstre de panache qui galvanise la foule. S'ensuit Keep The Cars Running, qui achève la montée en puissance du concert. Tout le monde crie, saute et pousse (les coudes sont encore sensibles). C'est enfin lorsqu'ils entonnent Neighborhood #2 (Laïka), premier extrait de Funeral, que la foule se déchaîne vraiment. Ce n'est pas le morceau le plus furieux, mais c'est celui qui est accueilli par les plus chaleureux hourras. Ce n'est que dans ce genre d'assistance qu'on voit le réel impact du premier album d'Arcade Fire, quand d'un seul homme, dix mille personnes crient toutes les paroles (dans un yaourt approximatif pour la plupart, certes). Histoire de transformer l'essai, les Canadiens enchaînent avec No Cars Go, et le public suit, braille "Hey! No cars go!" en rythme. L'euphorie est déjà à son comble. Il n'aura fallu que quatre morceaux. Vient ensuite un redoux de bon ton avec Haïti, où Régine est encore suivie d'une seule voix pour la mélodie de piano joueuse, petit refrain accroche-cœur. La tension n'est pas retombée cependant, comme le prouvent Modern Man et Rococo, tension libérée de la meilleure façon qui soit, avec un The Suburbs magistral et un Win magnifique au piano : la preuve ultime de la puissance du dernier essai. Comme pour conclure un premier acte, il entonne dans la foulée la douce et poignante Ocean Of Noise.
En guise d'entracte, Win fait un petit speach sur Haïti : il rappelle, parlant d'une vidéo sur Internet, les relations compliquées et peu claires que la France entretint avec l'île ravagée. Un Win politique face à une masse qui n'a dû le comprendre qu'à moitié. Arcade Fire enchaîne avec Intervention comme pour illustrer le propos sombre : mais la chanson, si noire soit-elle, s'avère complètement galvanisante, et tout le monde crie à plein poumon à nouveau : une belle leçon d'espoir. Le crachin commence petit à petit à se faire sentir, alors que le groupe démarre We Used To Wait avec une efficacité redoutable. Lorsque le morceau se termine, il pleut des cordes. Les parapluies s'ouvrent mais tout le monde est trempé en deux minutes. La bande s'interrompt et bâche ses instruments. Régine explique avec son accent québécois que le matériel est en danger, propose d'attendre cinq minutes. Le public gronde, car il se sent berné. Tout le monde fulmine sous la pluie. Il y a apparemment un vrai problème, les Canadiens reviennent cinq minutes plus tard sous une flotte toujours battante, débâche la moitié des instruments et annonce qu'ils vont jouer un dernier morceau au péril du matériel. Les voilà qui entonnent Wake Up, et les fans de s'époumoner avec eux comme pour narguer les éléments. Peine perdue. Ce sera le dernier morceau. Après de vives protestations, les gens s'en vont frustré. Il ne pleut plus. En prenant la sortie, on entend des murmures d'indignations. Çà et là, les organisateurs sont traités de jean-foutres. On se dit que le jugement est dur, mais notre fond crétin qui nous faisait jouer des coudes ne peut s'empêcher d'acquiescer en silence.
Au fil des années, la discographie d'Arcade Fire ressemble de plus en plus aux alignements de Carnac : une suite de monolithes érigés dans le plus grand mystère. Il en va des albums comme il en va des personnes : sur scène, ils sont tout aussi majestueux, du dolmen Win Butler au petit menhir Régine Chassagne. C'est sûrement pour illustrer cette proximité avec le légendaire site morbihannais qu'un groupe de jeunes gens passablement éméchés, perdus au milieu des 10000 personnes de l'assistance, brandissent un drapeau breton pour accueillir les Canadiens. À moins qu'il ne s'agisse d'une plaisanterie fine entre gens de bon goût. Car les crétins, régionalistes ou non, sont en masse pour accueillir les flamboyants Montréalais, dans une proportion qui grandit de façon inversement proportionnelle à la proximité de la scène : à partir d'une cinquantaine de mètres de celle-ci, c'est un chaos régi par la seule loi des coudes. Le compromis raisonnable étant à la trentaine de mètres, distance où, à moitié crétin, on peut voir la scène à peu près convenablement, malgré la pointe de honte envahissant secrètement les nuques décomplexées des personnes dépassant le mètre soixante-quinze, cauchemar et seul spectacle des gens de petite taille.
Ces bémols contextuels mis à part, la musique est au poil. Propulsé par le désormais habituel Ready To Start, le concert démarre sur les chapeaux de roue. Derrière l'orchestre, un grand écran diffuse images de crépuscule et de palmiers et reprend parfois des images traficotées de live. Tout le monde les aime fort, chante avec eux. Win est un bloc, un monstre de panache qui galvanise la foule. S'ensuit Keep The Cars Running, qui achève la montée en puissance du concert. Tout le monde crie, saute et pousse (les coudes sont encore sensibles). C'est enfin lorsqu'ils entonnent Neighborhood #2 (Laïka), premier extrait de Funeral, que la foule se déchaîne vraiment. Ce n'est pas le morceau le plus furieux, mais c'est celui qui est accueilli par les plus chaleureux hourras. Ce n'est que dans ce genre d'assistance qu'on voit le réel impact du premier album d'Arcade Fire, quand d'un seul homme, dix mille personnes crient toutes les paroles (dans un yaourt approximatif pour la plupart, certes). Histoire de transformer l'essai, les Canadiens enchaînent avec No Cars Go, et le public suit, braille "Hey! No cars go!" en rythme. L'euphorie est déjà à son comble. Il n'aura fallu que quatre morceaux. Vient ensuite un redoux de bon ton avec Haïti, où Régine est encore suivie d'une seule voix pour la mélodie de piano joueuse, petit refrain accroche-cœur. La tension n'est pas retombée cependant, comme le prouvent Modern Man et Rococo, tension libérée de la meilleure façon qui soit, avec un The Suburbs magistral et un Win magnifique au piano : la preuve ultime de la puissance du dernier essai. Comme pour conclure un premier acte, il entonne dans la foulée la douce et poignante Ocean Of Noise.
En guise d'entracte, Win fait un petit speach sur Haïti : il rappelle, parlant d'une vidéo sur Internet, les relations compliquées et peu claires que la France entretint avec l'île ravagée. Un Win politique face à une masse qui n'a dû le comprendre qu'à moitié. Arcade Fire enchaîne avec Intervention comme pour illustrer le propos sombre : mais la chanson, si noire soit-elle, s'avère complètement galvanisante, et tout le monde crie à plein poumon à nouveau : une belle leçon d'espoir. Le crachin commence petit à petit à se faire sentir, alors que le groupe démarre We Used To Wait avec une efficacité redoutable. Lorsque le morceau se termine, il pleut des cordes. Les parapluies s'ouvrent mais tout le monde est trempé en deux minutes. La bande s'interrompt et bâche ses instruments. Régine explique avec son accent québécois que le matériel est en danger, propose d'attendre cinq minutes. Le public gronde, car il se sent berné. Tout le monde fulmine sous la pluie. Il y a apparemment un vrai problème, les Canadiens reviennent cinq minutes plus tard sous une flotte toujours battante, débâche la moitié des instruments et annonce qu'ils vont jouer un dernier morceau au péril du matériel. Les voilà qui entonnent Wake Up, et les fans de s'époumoner avec eux comme pour narguer les éléments. Peine perdue. Ce sera le dernier morceau. Après de vives protestations, les gens s'en vont frustré. Il ne pleut plus. En prenant la sortie, on entend des murmures d'indignations. Çà et là, les organisateurs sont traités de jean-foutres. On se dit que le jugement est dur, mais notre fond crétin qui nous faisait jouer des coudes ne peut s'empêcher d'acquiescer en silence.
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L'article est à la mesure de ce set mythique ! Bravo M'sieur !
Signé : un fan d'1m83 qui avait les coudes dans le pif de sa petite voisine du 2ème rang !
Signé : un fan d'1m83 qui avait les coudes dans le pif de sa petite voisine du 2ème rang !
suis d'accord à 100% avec ce que tu as écris. Un très bon, mais trop court , concert par l'un des groupes les plus enthousiasmants du début des années 2000. Quelqu'un sait s'ils repasseront à Paris prochainement?
P.S : Zéro pointé à la RATP : tous les festivaliers sortant en même temps, cela fait évidemment beaucoup de monde devant les bouches de métro.
P.S : Zéro pointé à la RATP : tous les festivaliers sortant en même temps, cela fait évidemment beaucoup de monde devant les bouches de métro.
Merci, merci d'avoir couché sur le papier ce que " mon petit côté crétin" a ressentit!
C'était quand même un putain de concert!