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A-t-on déjà entendu groupe plus incandescent ? Si leur premier effort, Funeral (2004), était une torche affective mémorable lancée avec bonté au visage d'un auditeur abasourdi par une telle ardeur, Neon Bible poursuit l'oeuvre sentimentalo-pyromane et démontre que les flammes n'en ont pas fini de dévorer le coeur d'Arcade Fire. Dès l'ouverture, le tourmenté Black Mirror reflète cette même noirceur incendiaire, cette même emphase désespérée, cette même propension fascinante à théâtraliser les émotions avec une conviction invincible, autant d'attributs qui firent de Funeral l'un des paroxysmes musicaux de ce début de siècle. Et si, immédiatement après, le trop buté Keep The Car Running déçoit quelque peu, la chanson-titre, comptine funeste chuchotée et dénudée, ensorcelle par une mélodie limpide faussement lénifiante qui réveille la rage en feignant d'apaiser les peines. Il s'agira là d'un dernier répit avant que la fièvre hémorragique n'étreigne définitivement un songwriting éblouissant à la puissance babylonienne, comme cet Intervention, dont l'orgue introductif à la religiosité ampoulée sert d'estrade dantesque à un tourbillon de choeurs diluviens. Le diptyque d'anthologie Black Wave/Bad Vibrations voit Régine Chassagne déflorer une première partie chantonnante avant que Win Butler ne laisse fulminer sa fureur, mâchoire serrée et vindicte acérée, sur fond d'apocalypse harmonique. Un tsunami sonique tragique qui fait d'abord trembler la Terre avant d'en appeler au déluge final. Terriblement impressionnant, le chant de Butler interpelle alors, lui qui semble prêt à inquiéter jusqu'à la mort tant son envie d'en découdre paraît inextinguible. Tel un prédicateur enfiévré et possédé par les pires démons, Win Butler joue sa vie sur chaque intonation et manoeuvre Arcade Fire comme s'il dirigeait une fanfare des ténèbres engagée par les hommes pour égayer la fin des temps et sublimer leur déliquescence, tel l'orchestre du Titanic s'ingéniant à jouer en plein naufrage. Et il y arrive avec une grâce enflammée incomparable sur l'effervescent (Antichrist Television Blues), (quasi) rock'n'roll endiablé sur lequel le Canadien suinte la même sensualité animale qu'Elvis Presley lors des Sun Sessions primitives (si, si). La ressemblance est d'autant plus frappante sur le progressif My Body Is A Cage, qui débute comme une confession décharnée avant de se terminer en pleine communion rédemptrice, orgue, violons, alto et tout l'attirail orchestral habituel du groupe étant là encore de sortie. Avant ce final poignant, Windowsill et No Cars Go (nouvelle version d'une chanson déjà présente sur un vieil Ep sept titres, on laissera les pisse-vinaigre snobinards crier à la facilité dans leur coin) auront fini de rendre Neon Bible (au moins) aussi indispensable que son prédécesseur. Deux compositions faramineuses au lyrisme aveuglant, d'une indicible intensité. Simplement impossible à décrire tant leur force émotionnelle terrasse tous les superlatifs existants. Arcade Fire est bel et bien une formation unique au pouvoir d'évocation admirable, capable de rendre la grandiloquence pertinente et explosive par la grâce de son seul talent d'écriture et par l'entremise d'une souplesse instrumentale affolante. Le bouillonnement sonore que nous donne à entendre ce disque est tel que chaque membre paraît se consumer en jouant. Comme si, d'un commun accord, ils avaient tous décidés de tenter le diable et de griller l'enfer en brûlant leur âme par leurs propres moyens. Par leur simple musique.
Anna Lester
MAGIC RPM  #108


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