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Dark Was The Night de Arcade Fire

chronique d'album
Attention les yeux : Antony, Arcade Fire, Beirut, Blonde Redhead, Cat Power, Feist, Grizzly Bear, Bon Iver, Sufjan Stevens, Yo La Tengo, et c’est pas fini… Prudence, toutefois, il en va de cette compilation comme de certains festivals. Quelle que soit la qualité du programme proposé, dans la profusion des offres artistiques, l’auditeur peut finir désorienté, noyé, ou pire encore : engourdi et blasé par un effet pervers de la surnutrition…

Il est donc recommandé, pour appréhender l’impressionnante somme que représente ce double album, piloté par la Red Hot Organization pour lutter contre le SIDA, de prendre son temps, de se ménager des pauses et de se donner l’opportunité de visites espacées. Car si le casting de Dark Was The Night ressemble à un congrès de chefs étoilés, le menu, avec ses trente et un plats, prend vite l’allure d’un banquet pantagruélique risquant de mettre à mal les estomacs fragiles. Pour attaquer en douceur, on pourra, par exemple, commencer par se pencher sur les reprises.

On gardera pour la mise en bouche les exercices de style récréatifs : Dave Sitek qui relit les Troggs sur des claviers eighties (With A Girl Like You), Feist qui rend hommage à Vashti Bunyan en compagnie de Benjamin Gibbard (Train Song), José Gonzáles qui joue du Nick Drake sur un lit de bleeps concoctés par The Books (Cello Song), My Brightest Diamond qui fait sa Nina Simone (Feeling Good), Andrew Bird qui réinterprète un morceau de ses amis de Handsome Family (The Giant Of Illinois). On gardera pour plat de résistance You Are The Blood, une pépite méconnue signée par les Castanets et extraite de leur album Cathedral (2004), que Sufjan Stevens transforme ici en une monumentale et passionnante épopée de plus de dix minutes, barbouillée d’électronique, aux frontières du gothique.

Le remix de cette reprise, signé Buck 65, compte également parmi les joyeusetés de la compilation. Au rayon des duos inédits, la palme revient sans conteste aux Dirty Projectors, qui s’acoquinent à David Byrne pour livrer un Knotty Pine branque et génial, mais l’association de Feist et de Grizzly Bear, tout comme celle de Blonde Redhead avec Devastations, devrait également susciter quelques soupirs de contentement sur la blogosphère.

Comme il serait trop fastidieux de s’attarder ici sur chacun des titres de cette sélection supervisée par les frangins Dessner de The National, contentons-nous d’en saluer la remarquable tenue et de n’en déplorer, au final, que les pharaoniques dimensions – le caviar se révélant toujours moins appétissant lorsqu’il est servi à pleines pelletées.
Alex Mélis
MAGIC RPM  #129


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