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On Ne Distinguait Plus Les Têtes de Arca

chronique d'album
Sans radicalement dévier de leur proposition d'allier une électronique douce à de la musique organique dans un cadre cinématique (adoptée dès la conception du projet en 2000), ce troisième album du binôme Arca se distingue immédiatement de ses prédécesseurs par le fait que Sylvain Chauveau ait entrepris pour la première fois de chanter en langue anglaise... Sans rien dénaturer, sa voix, rappelant un peu celles de Stuart A. Staples et de David Sylvian réunies, vient se lover dans le moelleux que délivrent basses rondes et charnues, les guitares en filigrane et une rythmique pensive, habituelle signature sonore du tandem Joan Cambon/Sylvain Chauveau. Tandis que les sons synthétiques investissent avec grande intelligence, arêtes, courbes et lignes de fuites, à fleur de peau et magnifiées par de subtiles accentuations post-rock, affleurent des ballades feutrées, nocturnes et hivernales qui laissent transparaître un léger, mais lucide désespoir. Une fois encore, on verrait bien certaines de ces compositions (telles Lonesome Witness Of Her Nudity, On Discernait Un Visage ou encore la frémissante Sunday Negative) épouser à merveille d'hypothétiques scènes de longs-métrages de Mike Leigh, Jim Jarmusch, Xavier Beauvois et Christophe Garrel ou s'accorder facilement à celles de road-movies comme Radio On ou Badlands. Il ne nous reste plus qu'à croiser les doigts et espérer que, lassés de n'être point prophètes en leur pays et de l'éternelle confidentialité de leur musique sous cette identité, le titre du morceau final, Problème Ici/Maybe London, ne soit pas à prendre au pied de la lettre. Cette perte nous serait dommageable, car l'avenir ne manquera pas de révéler tout l'amour et l'humilité que recèlent les travaux de deux infatigables artisans au service d'une beauté discrète.
Marc Gourdon
MAGIC RPM  #109


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