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Depuis une bonne décennie, c'est avec une admirable ténacité que Sylvain Chauveau et Joan Cambon, alias Arca, s'appliquent à améliorer et modifier dans les moindres détails l'architecture de leurs compositions. La nature Cinématique (2000) de ce treillis instrumental (aux persistants, mais toujours subtils accents post-rock), avait assez logiquement conduit Sylvain à l'écriture de bandes originales (Nuage, 2007), au moment même où, parallèlement, il prenait la décision de chanter (On Ne Distinguait Plus Les Têtes, 2007). Fort de ces expériences, By, quatrième double album du nom, est le fruit d'un travail élaboré pour Arrêts De Jeu, une pièce de danse contemporaine de Pierre Rigal, inspirée par la célèbre et ô combien dramatique demi-finale de Coupe du monde de football France-RFA, tenue à Séville en 1982…




Le somptueux et central premier volume, By The Window – magnifiquement mis en son par le légendaire John McEntire –, voit le tandem au sommet de son art, parvenir à l'équilibre parfait : respirant à l'unisson, l'organique et l'électronique offrent de larges espaces à des chansons et ballades aussi troublantes qu'émotives (Unter Den Linden, Damages Of Kindness, Aphelion, Sevilla 82), littéralement habitées par la voix de baryton d'un Sylvain Chauveau qui a gagné beaucoup d'assurance dans ce domaine. Soulignées à l'horizon par les répétitions cristallines et hypnotiques des vibraphones qui obsèdent tant Steve Reich, toutes reposent sur les voluptueuses courbes et rondeurs de la solide basse de Joan Cambon – les plus curieux et aventureux constateront sur son premier effort solo, Sans Objet (accompagnant lui aussi une chorégraphie), que l'instrument n'a plus aucun secret pour lui…




En annexe, louvoyant entre ambient et électro-acoustique, les abstractions de By The Looking-Glass sont bien évidemment conçues pour s'accorder aux contraintes de l'art chorégraphique (il nous est d'ailleurs conseillé de les écouter séparément). Au fil du temps, la discographie de ce précieux binôme ainsi que ses multiples extensions ressemble de plus en plus à cette malle (arca en portugais), dans laquelle au décès, en 1935, de Fernando Pessoa – le discret secrétaire d'un homme d'affaires lisboète –, on découvrit une somme conséquente d'écrits poétiques, débordant d'inventivité et de délicatesse, considérés aujourd'hui comme fondateurs de la versification moderne… Il serait trop injuste que la musique d'Arca subisse le même sort !
Marc Gourdon


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