Le mode de fonctionnement de Sylvain Chauveau peut s'apparenter à celui du rhizome : une racine souterraine et vivace qui émet annuellement de nouvelles tiges aériennes. On connaît bien Micro:Mega, excellent duo ambient rock qu'il forme avec Frédéric Luneau et fort de quatre albums, mais un peu moins Arca, un projet tant politique qu'esthétique fondé en 2000 avec Joan Cambon, augmenté ici d'une dorsale guitare-batterie. Angles coule paisiblement avec la majesté des grands fleuves, ses courants de néo-post-rock organique sont enrichis d'affluents harmoniques, d'échos de gamelans balinais et de lignes de violoncelle grave qui collent la chair de poule tandis qu'au lointain résonnent les voix lugubres de la globalisation. Laissant la part belle à la suggestion, au songe mélancolique, tout en peuplant notre imaginaire de mirages aux confins du visible et de l'invisible, ce second Lp d'Arca incorpore subtilement la défiance fragile des Canadiens de A Silver Mt Zion à l'intériorité tranquille d'un Talk Talk, période Laughing Stock. S'il existe encore une justice dans ce monde de vitesse et de commerce, elle voudrait que Arca reçoive (enfin) l'accueil qu'il mérite avec ce très beau disque.