Arab Strap est notre Felt pour l'an 2000. Ou notre Joy Division, faut voir... Hors de question de passer à la va-vite sur l'album le plus triste, déprimant, magistral et consistant de l'année. Voire, peut-être, de la décennie. Ainsi, vous entendez ici ou là que le dernier album de Massive Attack (excellent au demeurant) est un monstre flippé, un grand trou noir new-wave... Sauf qu'à côté de ce Philophobia, Mezzanine c'est "Pit et Rick racontent les meilleures blagues de Collaro", en moins comique, et encore... Non, Arab Strap est à première vue un groupe de nazes, de pouilleux complets, d'alcolos malpropres insortables. Mais incroyable. Incroyable de tomber encore sur ce genre de groupe, ce genre de disque atroce parce que l'on sait pertinemment, dès la première écoute, qu'on n'en sortira pas indemne. Comme Unknown Pleasures, Funhouse ou Spiderland, Philophobia fout la trouille. Une pétoche familière et confortable, celle de nos disques préférés. Quel groupe se pointerait et ouvrirait son second album par la phrase : "C'est la plus grosse bite qu'on ait jamais vu...?" Même Miossec, qui s'y connait pourtant en vulgarité touchante, n'oserait pas. Aidan Moffat, champion du monde des mots crus, du sentiment (d)étalé, des histoires de relations foirées, ratatinées, lamentables. Expérience down du moment : écouter Philophobia en lisant les paroles d'un seul coup. Insoutenable. On ne trouvera pas de sitôt de morceaux plus tire-larmes que One Day, After School ou Here We Go. Bien sûr, on est déjà passé par là : The Stagnant Pool ou Riding On The Equator de Felt. Pas le genre de choses qu'on évoque à la légère. L'assommant, c'est qu'il y a ici douze autres autres morceaux du même acabit.