Biographie
Avec sa voix insaisissable, perdue quel part entre le timbre sépulcral de Laura Nyro et les accents baroques de Marc Almond, Antony Hegarty ne laisse pas indifférent : interprète canonisé pour les uns, mégère non apprivoisée pour les autres, il est déjà, pour le meilleur ou pour le pire, une figure chantante du XXIème siècle. Né en Angleterre, mais grandi aux États-Unis à partir du début des années 80 (d'abord sous le soleil de la côté Ouest, puis sous la protection interlope de New York), le garçon a une révélation en découvrant la pochette du premier album de Culture Club : il voit en son leader Boy George un reflet de lui-même… Le sort en est jeté, comme dirait l'autre. Des années plus tard, le jeune homme s'adonne au plaisir du théâtre expérimental et cofonde avec les dénommé(e)s Johanna Constantine et Psychotic Eve, vers 1992, la troupe Blacklips, compagnie d'avant-garde constituée essentiellement de drag queens. Pendant trois ans, les comparses produisent divers spectacles dans des clubs new yorkais de l'East Village, aors que l'ami Hegarty peaufine parallèlement sa fibre musicale. Il s'est imaginé un personnage à mi-chemin entre la divine Isabella Rosselini de Blue Velvet (1987) et l'androgyne chauve et dessiné de la pochette du single Torch (1982) de Soft Cell. Cette image est immortalisée sur un premier album éponyme, qui voit le jour à la toute fin des nineties. L'une de ses maquettes, enregistrées avec ses musiciens The Johnsons, est tombée entre les oreilles de David Tibet (ex-Psychic TV et 23 Skidoo), éminence noire de Current 93 et apôtre d'un néo-folk qualifié d'apocalyptique, qui a succombé aux charmes évanescents de cette musique à la fragilité assumée et réalise le disque sur son label Durtro – un Ep et split-single live partagé avec Current 93 s'ensuivront. Alors, tout va s'accélérer pour Antony, personnage warholien s'il en est – teint diaphane,
sexualité débridée, rêves de gloire. Certes, ce disque inaugural ne déchaîne pas encore les passions, mais outre-Atlantique, le voilà qu'on le retrouve auprès de ceux qui comptent. Il participe à un long métrage de Steve Buscemi, Animal Factory (2001), côtoie l'un de ses mentors, Lou Reed (sur l'abominable projet The Raven) et devient l'ami des difficilement fréquentables Devendra
Banhart et Cocorosie. Le label Secretly Canadian sent le coup et réédite le premier Lp en 2004 avant de proposer au monde estomaqué son successeur, I Am A Bird Now (2005). Alors que l'on retrouve au casting la plupart des artistes précités, Hegarty se prive de son nom pour imposer son prénom. Sous une pochette mettant en scène une égérie de… Warhol (Candy Darling), le disque trouve peu à peu un public, qui se laisse séduire par cet artiste sorti d'un autre temps, improbable mélange de l'Ange Bleu, Nina Simone et, forcément, Nico. Devenu star de ce début de millénaire, Antony assume une fragilité qui devient sa patte mélodique et empoche le prestigieux Mercury Prize britannique, avant de collaborer avec Björk ou Hercules & Love Affair. Mais surtout, il trouve le temps de peaufiner The Crying Light, troisième album où se bousculent avec élégance musique classique et orchestration
d’avant-garde, soul et blues.