En dehors des brillants Little Wings (on en parlera le mois prochain), on n'a pas encore été séduit par grand-monde dans la petite famille affiliée à Devendra Banhart. Malgré tout, le disque de son ami Andy Cabic, alias Vetiver, est impressionnant dès la première écoute. L'homme sait d'ailleurs remarquablement s'entourer puisque, outre l'inévitable petit Jésus de la crèche, on croise sur cet album doux comme la bouche d'une jeune fille à moitié endormie rien moins que la divine Hope Sandoval, Colm O'Ciosoig (My Bloody Valentine), et la petite harpi(st)e de renom, Joanna Newsom. On est donc peu ou prou dans les mêmes farines bios que dans les Lp's de Banhart, avec cette communauté d'esprit de talent et autres affinités qui peuvent faire songer à une scène. Mais là où Banhart bâcle trop souvent et Newsom agace terriblement, Cabic semble ne songer qu'à la pureté de ses chansons, les drapant dans une sobriété majestueuse et juste, servie par un jeu de guitare sans fanfreluches. La touche de vice apportée par Hope Sandoval et la formidable tendresse qui se dégage de l'ensemble font de Vetiver un compagnon idéal pour ces moments langoureux où la paresse et le sexe nous consolent de l'absurdité de l'existence. Un disque précieux, donc. En parlant de précieux, le ridicule de saison aurait bien pu s'appeler Antony. Mais cette superstar de l'ombre (acteur pour Steve Buscemi, accompagnateur de Lou Reed, ami de Devendra Banhart et Cocorosie) arrive parfois à tirer des larmes à nos coeurs de pierre figés dans le stupre. Toujours à la limite du supportable, la voix d'Antony a déjà été comparée à celle de Nina Simone, mais il ne voudrait pas être noir comme Nino Ferrer, mais femme comme Boy George. Du coup, il en fait des tonnes ce bel Antony, magnifique icône gay, au point qu'on ne sait plus s'il faut rire ou pleurer, le prendre dans ses bras, lui coller la main au panier ou lui jeter des pierres. Mais il y a quelque chose de troublant (jusque dans l'agacement) ici. On en reparlera, car quelqu'un qui arrive à faire pleurer ce monstre d'impassibilité hétéro qu'est malheureusement devenu Lou Reed ne peut décemment et décidément pas être tout à fait mauvais.