Là
où il raille la débilité de Daniel Johnston, le cynique aigu
raille l’ambiguïté bedonnante d’Antony Hegarty. Là où il
raille les intonations qui battent la breloque de Daniel Johnston, le
cynique aigu raille les chevrotements qui convulsent d’Antony
Hegarty. Là où il raille le délabrement acoustique de Daniel
Johnston, le cynique aigu raille les tapisseries orchestrales
d’Antony Hegarty. Comme s’ils étaient embringués dans la même
tragédie, Daniel et Antony, a priori séparés par mille et un
détours, partagent pourtant cette même puissance affective au
paroxysme affiché. Une intensité qui segmente forcément, même si
on se demande bien comment un cœur humain peut se parer de
neutralité face aux multiples assauts émotionnels qui se succèdent
ici. Au diapason de la voix irréelle de son auteur, The
Crying Light
est un chef-d’œuvre brisé.
Musique classique ou orchestration d’avant-garde, soul ou blues dévasté par le lyrisme : la moindre note respire et s’éteint avec une justesse qui suinte la vie et la mort en leur empruntant leur chagrin abyssal, leur concision dramatique, leurs regrets infinis, leurs espoirs irraisonnés, leur fatalité et leur éternité. Quand la lente marche alarmante Her Eyes Are Underneath The Ground ou l’insurmontable diptyque Another World/Daylight And The Sun font pleurer les pierres, la détresse cristalline de Epilepsy Is Dancing constelle l’air de larmes et rappelle le crescendo olympien de Sister Winter par Sufjan Stevens. Kiss My Name figure, elle, l’envolée rédemptrice et aimante qui outrepasse tous les genres pour capturer l’envoûtement. Si l’on dit souvent d’une chic voix qu’elle rendrait captivante la lecture du bottin, on garderait plutôt Antony Hegarty en réserve pour lire à la Terre et à ses habitants leurs derniers sacrements, le jour de la chute venu. Telle une créature compassionnelle supérieure, capable de concentrer dans les tremblements maladifs de sa voix toute la peine d’un monde parti en vrille.
Musique classique ou orchestration d’avant-garde, soul ou blues dévasté par le lyrisme : la moindre note respire et s’éteint avec une justesse qui suinte la vie et la mort en leur empruntant leur chagrin abyssal, leur concision dramatique, leurs regrets infinis, leurs espoirs irraisonnés, leur fatalité et leur éternité. Quand la lente marche alarmante Her Eyes Are Underneath The Ground ou l’insurmontable diptyque Another World/Daylight And The Sun font pleurer les pierres, la détresse cristalline de Epilepsy Is Dancing constelle l’air de larmes et rappelle le crescendo olympien de Sister Winter par Sufjan Stevens. Kiss My Name figure, elle, l’envolée rédemptrice et aimante qui outrepasse tous les genres pour capturer l’envoûtement. Si l’on dit souvent d’une chic voix qu’elle rendrait captivante la lecture du bottin, on garderait plutôt Antony Hegarty en réserve pour lire à la Terre et à ses habitants leurs derniers sacrements, le jour de la chute venu. Telle une créature compassionnelle supérieure, capable de concentrer dans les tremblements maladifs de sa voix toute la peine d’un monde parti en vrille.