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Par petites touches et avec une élégance sidérante, Antony redessine encore les contours de sa musique, gommant le trop plein d’arabesques et d’enluminures pour affiner ses croquis, autoportraits à la fois distanciés et poignants. Sa voix déborde suffisamment d’un lyrisme romanesque pour ne pas surcharger sa musique. Un an et demi seulement après The Crying Light (2009), qui trouvait déjà un équilibre entre générosité orchestrale et rigueur d’écriture, les plus grands moments du quatrième album d’Antony And The Johnsons sont ceux où le New-Yorkais joue sur des motifs répétitifs ou des ambiances sonores étranges et tendues. Le morceau Swanlights est, à ce titre, une merveille absolue qui tutoie David Sylvian sur des terres mouvantes et brumeuses : distorsions de guitare douces et enveloppantes, piano et chant fantomatiques conduisent une mélodie sublime vers une petite apothéose bourdonnante.



Sur The Spirit Was Gone, chant et piano suivent le même chemin et laissent les violons s’épancher. Flétta joue l’épure et porte toute son attention sur les voix de Björk et Antony, à nouveau réunis pour un somptueux duo bilingue. Le canevas de percussions et claviers sur I’m In Love est simplement merveilleux. Même portée par un souffle romantique, une mélodie et un chant hyper expressifs, Ghost joue sur des motifs somme tout assez minimalistes, négociant avec grâce des virages baroques. Seul contrepoint presque pop à cette quasi sobriété exigeante, le single Thank You For Your Love assume bien son classicisme souple, élégamment soutenu par une batterie ferme et des cuivres. La liberté qui guide Swanlights glace un peu le cœur mais réchauffe l’esprit.
Vincent Théval


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