Avant son
sabordage en 2002, Anti-Pop Consortium fut pendant une poignée d’années et
trois albums indomptables le plus impitoyable violeur de hip hop qui soit. Un
conspirateur du non-rap qui kidnappait le genre pour le torturer en terre
hostile, armé d’un minimalisme anxiogène qui effrayait les rimes, d’une
électronique laborantine qui multipliait les chausse-trappes instrumentales, de
synthétiseurs en geyser et d’expérimentations martiales qui grillaient les
nerfs de l’auditeur le plus affûté. La dispersion opérée, chaque membre s’est
livré à des exactions solitaires plus (Beans) ou moins (les autres)
retentissantes. Voici donc le squad réactivé.
Et si la faction reste la même, le plan de bataille a changé. Au lieu de poursuivre la guérilla en contournant les idiomes pour mieux les égorger par derrière, Beans, High Priest, M. Sayyid et le producteur Earl Blaize ont décidé de se mesurer frontalement à l’ennemi. Nourris par une production aux hormones, moins avant-gardistes sur le plan des intentions, mais prodigieux celui de l’exécution, des titres comme Lay Me Down, Reflections, C Thru U, Volcano, Get Lite, Born Electric ou Apparently s’attaquent ainsi sans ménagement au rap machinal de basse facture qui infeste les ondes contemporaines pour le ridiculiser en moins de deux. Comme si Anti-Pop Consortium s’était endormi pour mieux laisser agir le venin qu’il avait insidieusement inoculé dans les rouages du hip hop américain, avant de revenir aujourd’hui pour lui faire avaler la trompette.
Certains crient à la désertion ? Des attentats soniques à répétition éparpillent l’insurrection façon puzzle. Shine et sa broderie de bleeps qui lancinent. L’impensable Timpani et ses phrasés qui vaudouisent sur fond de tambour shamanique (comme Mos Def sur le récent Quiet Dog Bite Hard), avant qu’un instrumental bravade technoïde ne vienne défourailler les conventions et lancer l’épisode robotique du disque. On croit ainsi recroiser sur l’introduction et les refrains vocodérisés de The Solution l’androïde des anciens morceaux Technocracy (2001) ou Tron Man Speaks (2002). Le futurisme s’incarne encore via les claviers syncopés du déhanché NY To Tokyo qui accueille en guest-star l’ami anglais Roots Manuva.
Avec ses infrabasses qui assaillent le rythme comme le sifflement des bombes brise le silence d’un territoire en état d’urgence, Superunfrontable installe ensuite un climat de plomb que les terroristes Capricorn One (une corne de brume, des mots qui virevoltent sur un harcèlement de crissements), Dragunov et Fluorescent Black finiront d’épaissir à la fin de ce quatrième effort entièrement électronique, viscéralement hip hop, moins tourneboulant que ses prédécesseurs, mais diaboliquement efficace. Le tour de force vocal End Game aura, entre-temps, prouvé que les trois rappeurs n’ont peut-être jamais aussi bien maîtrisé leurs pulsations de gorge qu’à la fin d’une décennie que le quatuor termine comme il l’a commencée… En révolutionnaire.
Et si la faction reste la même, le plan de bataille a changé. Au lieu de poursuivre la guérilla en contournant les idiomes pour mieux les égorger par derrière, Beans, High Priest, M. Sayyid et le producteur Earl Blaize ont décidé de se mesurer frontalement à l’ennemi. Nourris par une production aux hormones, moins avant-gardistes sur le plan des intentions, mais prodigieux celui de l’exécution, des titres comme Lay Me Down, Reflections, C Thru U, Volcano, Get Lite, Born Electric ou Apparently s’attaquent ainsi sans ménagement au rap machinal de basse facture qui infeste les ondes contemporaines pour le ridiculiser en moins de deux. Comme si Anti-Pop Consortium s’était endormi pour mieux laisser agir le venin qu’il avait insidieusement inoculé dans les rouages du hip hop américain, avant de revenir aujourd’hui pour lui faire avaler la trompette.
Certains crient à la désertion ? Des attentats soniques à répétition éparpillent l’insurrection façon puzzle. Shine et sa broderie de bleeps qui lancinent. L’impensable Timpani et ses phrasés qui vaudouisent sur fond de tambour shamanique (comme Mos Def sur le récent Quiet Dog Bite Hard), avant qu’un instrumental bravade technoïde ne vienne défourailler les conventions et lancer l’épisode robotique du disque. On croit ainsi recroiser sur l’introduction et les refrains vocodérisés de The Solution l’androïde des anciens morceaux Technocracy (2001) ou Tron Man Speaks (2002). Le futurisme s’incarne encore via les claviers syncopés du déhanché NY To Tokyo qui accueille en guest-star l’ami anglais Roots Manuva.
Avec ses infrabasses qui assaillent le rythme comme le sifflement des bombes brise le silence d’un territoire en état d’urgence, Superunfrontable installe ensuite un climat de plomb que les terroristes Capricorn One (une corne de brume, des mots qui virevoltent sur un harcèlement de crissements), Dragunov et Fluorescent Black finiront d’épaissir à la fin de ce quatrième effort entièrement électronique, viscéralement hip hop, moins tourneboulant que ses prédécesseurs, mais diaboliquement efficace. Le tour de force vocal End Game aura, entre-temps, prouvé que les trois rappeurs n’ont peut-être jamais aussi bien maîtrisé leurs pulsations de gorge qu’à la fin d’une décennie que le quatuor termine comme il l’a commencée… En révolutionnaire.