À genoux !
À genoux devant une formation primordiale du nouveau siècle. La sentence est
désormais unanime. Ceux qui prêchaient dans le désert ont vu se construire
autour d’eux les autoroutes du succès, s’ériger les stèles de la gloire,
s’élever les temples à dévotion, s’amasser les visiteurs de la flatterie. De Pitchfork à Mojo en passant par The Fader,
Uncut ou Ouest-France, Animal Collective a amassé autant de lauriers, en
décembre 2009, pour la jungle aquatique Merriweather
Post Pavilion (2009) que Michael Phelps, en août 2008, pour son safari
moussant à Pékin. Branché sur courant alternatif, partagé entre grandes
chansons aux scintillements merveilleux et tentatives stagnantes aux allures de
Bronx mélodique, Merriweather Post
Pavilion n’a pourtant ni l’intensité sismique de Strawberry Jam (2007), ni le fuselage aérospatial de Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished
(2000). Allez comprendre… En tout cas, s’il y a une logique là-dedans, la réédition
de Campfire Songs (2003) devrait
récolter un zéro pointé lorsque seront remis les carnets de notes.
Parce que l’anémie de moyens qui effile ce disque est l’antithèse de la ripaille sonique qui ébouillante les entrailles de son lointain poursuivant. Oubliez le futurisme des intentions, faites un trait sur l’entrain de la réalisation, aplanissez la sinusoïde du pouls. Si l’on peut aujourd’hui entrevoir la carrière d’Animal Collective selon une trajectoire ascensionnelle, Campfire Songs serait sa halte en suspension, son leste pas de côté, sa récréation aérée. Une pause qui intervient après une tournée harassante, lors d’une froide journée de novembre 2001. Avey Tare, Panda Bear et Deakin s’installent dans la campagne du Maryland pour s’y gratter les cordes à ciel ouvert. Aucun artifice, seules les voix et des guitares. Afin de capturer les farfadets acoustiques que s’apprêtent à faire danser ses trois amis, Geologist installe à bonne distance trois enregistreurs minidisques. Alors alangui en pleine nature, le quatuor n’a jamais autant concédé à l’esthétique néo-hippie qui gangrène l’époque. De la même façon, alors alangui en pleine nature, le quatuor n’a jamais autant prouvé en quoi il se distingue de l’esthétique néo-hippie qui gangrène l’époque.
Vous pensez improvisation à la petite semaine ? Ils phosphorent les cinq mantras depuis des mois, et besognent leurs enchaînements sur scène depuis des semaines. Vous imaginez des hululements surjoués ? Panda Bear harmonise pour la première fois avec une âme démesurée, comme il le fera sur son essai solo Young Prayer (2004). Vous redoutez des incantations sans queue ni tête ? La flânerie aux accords de pétales Queen In My Pictures, la marche en avant d’une clarté captivante Doggy, l’interlude criblé de twang twang vibratoire Two Corvettes, la répétitivité silencieuse de Moo Rah Rah Rain, et la lamentation spirituelle De Soto De Son en appellent à une sorcellerie boisée d’une grande pureté. Comme si The Incredible String Band avait eu pour dealer Manuel Göttsching (Ash Ra Temple). Vous craignez un enregistrement à deux francs six sous ? Retravaillé en appartement par les quatre, puis masterisé par le Français Nicolas Vernhes dans son studio Rare Book Room, l’album recèle mille organismes en action.
Piaillements des oiseaux, air qui palpite, respiration des quatre humains, craquements du bois, frémissements des feuilles, grondement du ciel dérangé par le passage d’un avion… Quarante minutes durant, toute une féerie biologique s’anime, un véritable carnaval écolo sourit à ses hôtes apaisés. Comme si, le temps de capter Campfire Songs, l’environnement avait dirigé sa moindre trace de vie vers les enregistreurs installés par le groupe. À tel point qu’on ne sait plus vraiment si cet incessant bruissement qui ne débarrasse jamais le plancher du disque provient des rafales du vent ou de la valse des flammes qui brûleraient peu à peu le décor. L’hypothèse la plus sûre aujourd’hui, alors qu’une cité d’honneurs abrite Animal Collective ? Le crépitement d’un feu intérieur.
Parce que l’anémie de moyens qui effile ce disque est l’antithèse de la ripaille sonique qui ébouillante les entrailles de son lointain poursuivant. Oubliez le futurisme des intentions, faites un trait sur l’entrain de la réalisation, aplanissez la sinusoïde du pouls. Si l’on peut aujourd’hui entrevoir la carrière d’Animal Collective selon une trajectoire ascensionnelle, Campfire Songs serait sa halte en suspension, son leste pas de côté, sa récréation aérée. Une pause qui intervient après une tournée harassante, lors d’une froide journée de novembre 2001. Avey Tare, Panda Bear et Deakin s’installent dans la campagne du Maryland pour s’y gratter les cordes à ciel ouvert. Aucun artifice, seules les voix et des guitares. Afin de capturer les farfadets acoustiques que s’apprêtent à faire danser ses trois amis, Geologist installe à bonne distance trois enregistreurs minidisques. Alors alangui en pleine nature, le quatuor n’a jamais autant concédé à l’esthétique néo-hippie qui gangrène l’époque. De la même façon, alors alangui en pleine nature, le quatuor n’a jamais autant prouvé en quoi il se distingue de l’esthétique néo-hippie qui gangrène l’époque.
Vous pensez improvisation à la petite semaine ? Ils phosphorent les cinq mantras depuis des mois, et besognent leurs enchaînements sur scène depuis des semaines. Vous imaginez des hululements surjoués ? Panda Bear harmonise pour la première fois avec une âme démesurée, comme il le fera sur son essai solo Young Prayer (2004). Vous redoutez des incantations sans queue ni tête ? La flânerie aux accords de pétales Queen In My Pictures, la marche en avant d’une clarté captivante Doggy, l’interlude criblé de twang twang vibratoire Two Corvettes, la répétitivité silencieuse de Moo Rah Rah Rain, et la lamentation spirituelle De Soto De Son en appellent à une sorcellerie boisée d’une grande pureté. Comme si The Incredible String Band avait eu pour dealer Manuel Göttsching (Ash Ra Temple). Vous craignez un enregistrement à deux francs six sous ? Retravaillé en appartement par les quatre, puis masterisé par le Français Nicolas Vernhes dans son studio Rare Book Room, l’album recèle mille organismes en action.
Piaillements des oiseaux, air qui palpite, respiration des quatre humains, craquements du bois, frémissements des feuilles, grondement du ciel dérangé par le passage d’un avion… Quarante minutes durant, toute une féerie biologique s’anime, un véritable carnaval écolo sourit à ses hôtes apaisés. Comme si, le temps de capter Campfire Songs, l’environnement avait dirigé sa moindre trace de vie vers les enregistreurs installés par le groupe. À tel point qu’on ne sait plus vraiment si cet incessant bruissement qui ne débarrasse jamais le plancher du disque provient des rafales du vent ou de la valse des flammes qui brûleraient peu à peu le décor. L’hypothèse la plus sûre aujourd’hui, alors qu’une cité d’honneurs abrite Animal Collective ? Le crépitement d’un feu intérieur.