Une fois, un collègue de bibi demanda à Avey Tare
et Geologist pourquoi Animal Collective ne jouait jamais Alvin Row sur scène, bien que cette ode subliminale de douze
minutes datant de leur premier essai soit considérée par bon nombre de fans
comme leur chanson favorite. Avey avait répondu de manière pragmatique qu’il ne
se trimballait que rarement avec un piano à queue sous le bras. Geologist avait
complété dans un élan de sincérité doublé d’un grand éclat de rire que, de
toute façon, le bonhomme serait bien incapable de reproduire aujourd’hui ses
simagrées de l’époque. Voilà. En attendant de devenir le groupe foutrement adulé
que l’on connaît aujourd’hui, Animal Collective fut d’abord le véhicule d’un
insensé génie instinctif qui foudroyait l’expérimentation comme des gosses
instillent la lumière dans des caves abandonnées pour y installer leur terrain
de jeu à l’écart du monde. Si la chambre ou le studio servirent de préaux idéaux
pour faire ricocher quelques pierres angulaires de la musique d’aujourd’hui, la
scène fut la cour de récré vitale pour épanouir cette propension à embraser
l’obscurantisme.
Le disque live Hollinndagain nous avait déjà renseignés sur la chose lors de sa réédition il y a trois ans. Aujourd’hui, ce coffret présenté sous la forme d’un triple vinyle complète la doc avec une exhaustivité roborative. Attendu depuis de nombreuses années par les initiés (les mille exemplaires pressés se sont vendus en un dixième de seconde), Animal Crack Box mitraille l’impatience en présentant vingt titres exécutés sur les planches par la formation mouvante entre 2000 et 2003. Entre inédits et relectures sauvages de compositions connues, ces enregistrements minutieusement sélectionnés par la bande parmi une tonne de matériaux disponibles esquissent avec la puissance de l’instantané toutes les dimensions soniques explorées par Animal Collective à ses débuts. Agencée de manière chronologique, chaque face comprend trois morceaux, sauf la dernière qui en compte cinq. Six surfaces comme autant de portraits d’une monstrueuse beauté. La salve de titres inaugurale, où s’exercent les seuls co-leaders Avey Tare et Panda Bear, fait siffler durant de longues minutes une électronique aux vrilles lancinantes, stridentes et perforantes. Rendues nauséeuses par des branchements déviants, les machines éructent des feedbacks technologiques qui surplombent un tatapoum tribal régenté par des exhortations animales. Puis Iko Ovo, premier sommet inattendu du triptyque vinylique, s’avance tel un chaman qui entre doucement en transe avec l’incantation. La rythmique et les gargouillements se ruent de concert pour engendrer une obsédante accélération pleine d’os et de mysticisme.
Les trois OMNI suivants voient intervenir le chercheur musical Geologist, qui prolonge la ritournelle folle à lier Pumpkin Gets A Snakebite, présente sur Hollinndagain, en lui adjoignant deux appendices encore moins sains d’esprit. Où d’erratiques phrasés electro-rythmiques circulent de biais au gré de boucles sonores déchiquetées, qui explosent et se régénèrent sans cesse. La guitare bégayante de Pumpkin’s Funeral fait la balance avec la face C, celle qui étaye la frange intégralement débranchée de la bande qui enfanta en 2003 Campfire Songs, une collection de mantras acoustiques dont on retrouve ici De Soto De Son. À poil en se grattant les cordes, Avey et Panda hurlent à la lune leur singulière qualité d’âme qui fait d’eux la paire de chanteurs la plus douée de sa génération (les deux derniers essais en date d’AC, Strawberry Jam et Merriweather Post Pavilion, l’ont prouvé).
La face D rouvre ensuite le capharnaüm à tumultes via les infrabasses en écho de Oh Sweet, avant que Young Prayer#2 ne signe une nouvelle trêve en revenant aux psalmodies dénudées. Mais Do The Nurse trahit fissa la quiétude avec, dans le rôle du tribun belliqueux, un Avey Tare solitaire qui éructe comme rarement, halluciné et survolté, sur fond de distorsion omnisciente. La face E est celle d’Here Comes The Indian (2003), le troisième effort d’Animal Collective qui réunit pour la première fois le quatuor au grand complet. Pour célébrer le rassemblement, Ice Cream Factory magnifie la confondante capacité du quartette à soutirer des torrents d’émotion à d’indescriptibles convulsions. Sur un final qui musicalise comme la camionnette d’un marchand de glace ambulant, on devine les spectateurs hurler en rythme et danser avec la rage au ventre, l’estomac retourné par une incroyable tension viciée que de barbares coups de boutoirs charrient avec une hargne primitive. Où l’on communie en expurgeant ses pulsions.
À peine le temps de s’en remettre que Hey Light fait encore gicler la catharsis, devançant les cinq derniers morceaux (dont un mémorable diptyque Covered In Frogs/We Tigers) qui font la part belle au folk tarabiscoté qui allait aboutir à Sung Tongs en 2004. Animal Crack Box cesse donc de témoigner du parcours d’Animal Collective au moment où la gloire commence à leur tomber sur le paletot. Aujourd’hui, ce succès mérité et consenti condamne les Américains à s’esquinter dans d’énièmes tournées pleines de lassitude durant lesquelles le groupe étrenne cet étrange statut de “défricheur populaire”. Où il est de bon ton, chez les lettrés ou les décalés, de considérer ces jeunes hommes devenus trop emblématiques avec dédain, quand les suiveurs les vénèrent sans s’y vouer corps et âmes. Un statut bâtard où chaque camp est surtout guidé par le snobisme, plus que par la passion dont dégueule ce coffret aussi nostalgique qu’éclaireur. Animal Crack Box tombe donc à pic pour conter l’itinéraire originel d’une formation essentielle qui débuta par un radicalisme solaire avant d’endosser des oripeaux moins aveuglants pour mieux se laisser contempler par le monde.
Le disque live Hollinndagain nous avait déjà renseignés sur la chose lors de sa réédition il y a trois ans. Aujourd’hui, ce coffret présenté sous la forme d’un triple vinyle complète la doc avec une exhaustivité roborative. Attendu depuis de nombreuses années par les initiés (les mille exemplaires pressés se sont vendus en un dixième de seconde), Animal Crack Box mitraille l’impatience en présentant vingt titres exécutés sur les planches par la formation mouvante entre 2000 et 2003. Entre inédits et relectures sauvages de compositions connues, ces enregistrements minutieusement sélectionnés par la bande parmi une tonne de matériaux disponibles esquissent avec la puissance de l’instantané toutes les dimensions soniques explorées par Animal Collective à ses débuts. Agencée de manière chronologique, chaque face comprend trois morceaux, sauf la dernière qui en compte cinq. Six surfaces comme autant de portraits d’une monstrueuse beauté. La salve de titres inaugurale, où s’exercent les seuls co-leaders Avey Tare et Panda Bear, fait siffler durant de longues minutes une électronique aux vrilles lancinantes, stridentes et perforantes. Rendues nauséeuses par des branchements déviants, les machines éructent des feedbacks technologiques qui surplombent un tatapoum tribal régenté par des exhortations animales. Puis Iko Ovo, premier sommet inattendu du triptyque vinylique, s’avance tel un chaman qui entre doucement en transe avec l’incantation. La rythmique et les gargouillements se ruent de concert pour engendrer une obsédante accélération pleine d’os et de mysticisme.
Les trois OMNI suivants voient intervenir le chercheur musical Geologist, qui prolonge la ritournelle folle à lier Pumpkin Gets A Snakebite, présente sur Hollinndagain, en lui adjoignant deux appendices encore moins sains d’esprit. Où d’erratiques phrasés electro-rythmiques circulent de biais au gré de boucles sonores déchiquetées, qui explosent et se régénèrent sans cesse. La guitare bégayante de Pumpkin’s Funeral fait la balance avec la face C, celle qui étaye la frange intégralement débranchée de la bande qui enfanta en 2003 Campfire Songs, une collection de mantras acoustiques dont on retrouve ici De Soto De Son. À poil en se grattant les cordes, Avey et Panda hurlent à la lune leur singulière qualité d’âme qui fait d’eux la paire de chanteurs la plus douée de sa génération (les deux derniers essais en date d’AC, Strawberry Jam et Merriweather Post Pavilion, l’ont prouvé).
La face D rouvre ensuite le capharnaüm à tumultes via les infrabasses en écho de Oh Sweet, avant que Young Prayer#2 ne signe une nouvelle trêve en revenant aux psalmodies dénudées. Mais Do The Nurse trahit fissa la quiétude avec, dans le rôle du tribun belliqueux, un Avey Tare solitaire qui éructe comme rarement, halluciné et survolté, sur fond de distorsion omnisciente. La face E est celle d’Here Comes The Indian (2003), le troisième effort d’Animal Collective qui réunit pour la première fois le quatuor au grand complet. Pour célébrer le rassemblement, Ice Cream Factory magnifie la confondante capacité du quartette à soutirer des torrents d’émotion à d’indescriptibles convulsions. Sur un final qui musicalise comme la camionnette d’un marchand de glace ambulant, on devine les spectateurs hurler en rythme et danser avec la rage au ventre, l’estomac retourné par une incroyable tension viciée que de barbares coups de boutoirs charrient avec une hargne primitive. Où l’on communie en expurgeant ses pulsions.
À peine le temps de s’en remettre que Hey Light fait encore gicler la catharsis, devançant les cinq derniers morceaux (dont un mémorable diptyque Covered In Frogs/We Tigers) qui font la part belle au folk tarabiscoté qui allait aboutir à Sung Tongs en 2004. Animal Crack Box cesse donc de témoigner du parcours d’Animal Collective au moment où la gloire commence à leur tomber sur le paletot. Aujourd’hui, ce succès mérité et consenti condamne les Américains à s’esquinter dans d’énièmes tournées pleines de lassitude durant lesquelles le groupe étrenne cet étrange statut de “défricheur populaire”. Où il est de bon ton, chez les lettrés ou les décalés, de considérer ces jeunes hommes devenus trop emblématiques avec dédain, quand les suiveurs les vénèrent sans s’y vouer corps et âmes. Un statut bâtard où chaque camp est surtout guidé par le snobisme, plus que par la passion dont dégueule ce coffret aussi nostalgique qu’éclaireur. Animal Crack Box tombe donc à pic pour conter l’itinéraire originel d’une formation essentielle qui débuta par un radicalisme solaire avant d’endosser des oripeaux moins aveuglants pour mieux se laisser contempler par le monde.