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Il faut l'écrire maintenant pour que tout le monde le sache : The And, septième album d'Angil, est un petit chef-d'œuvre. Dire que c'est mérité, que ça devait arriver (malgré les crampes observées sur Oulipo Saliva, 2007) et que Mickaël Mottet est l'un des musiciens les plus libres de France, cela ne suffit pas. Le Stéphanois et ses fidèles ont accompli un disque sans déchet, qui s'écoute bouche bée. Miles Davis et Pavement, Otis Redding et Soul Coughing, aucun parent n'est vraiment là, essaimé dans les interstices de cette musique en mouvement perpétuel. Dit autrement, l'érudition ambiante ne bride jamais l'urgence régressive de créer du neuf et du beau. Fébrilité, engagement, cris de tête, cris du cœur, ludisme, résurgences, conquête d'un espace définitivement (inter)personnel. Car la beauté de The And tient d'abord, comme son titre oulipien l'indique, dans la qualité de l'entente entre joueurs.

Ses Hiddentracks presque constamment en osmose, souples et réactifs comme des jazzmen, Angil s'est même offert le luxe d'inviter huit chanteuses et un chanteur à partager son micro. Lipograms confirme ainsi notre pressentiment concernant Raymonde Howard, rock et sexy à faire pâlir PJ Harvey (si c'est encore possible), Thelma Or Louise? enlace Françoiz Breut dans un ballet bossa groggy, In The Attic voyage avec la prêtresse diaphane Half Asleep de glaces en mers fantômes, tandis que le magique Sail Home met à nu la voix de Jim Putnam (Radar Bros) avant de l'éblouir de cordes. Et puisque c'est grâce à lui que tout est possible, Angil se réserve deux titres parmi les plus ambitieux, déclarations de foi musicale apprêtées pour la castagne : Finlande & Platform et Jackson Jr. Redding. On n'en demandait vraiment pas plus.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #142


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