American Music Club

Vu par Magic

The Golden Age

archive mag mai 2008
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Que penser d’un groupe vétéran de la scène américaine, magnifique et chaotique initiateur d’un folk orageux, à l’origine d’un pan conséquent de la musique produite aujourd’hui, qui intitule son nouvel Lp The Golden Age ? Du bien, assurément. Car vingt-cinq ans après sa fondation, American Music Club s’offre en guise de noces d’argent un nouvel âge d’or avec ce qui pourrait être son meilleur enregistrement. Fraîchement accueilli à sa sortie, Love Songs For Patriots (2004), album de la reformation à l’issue d’un hiatus de dix ans, prolongeait avec morgue et dignité une œuvre brûlante qui fit feu de tout bois, entre rock, folk, blues, pop et jazz. Rien toutefois ne pouvait laisser présager la beauté lumineuse de The Golden Age, parfait recueil de chansons au pouls souvent ralenti, aux mélodies soigneusement polies par une instrumentation simple et douce. En guise de bienvenue, All My Love égraine les arpèges de guitare acoustique et quelques zébrures électriques sur une rythmique souple, laissant ce qu’il faut d’espace à la voix de Mark Eitzel pour s’épanouir. Absolument sublime d’un bout à l’autre du disque, son chant est d’une finesse incroyable, à la fois doux et assuré, parfois légèrement voilé, laissant filtrer de la mélancolie, du romantisme ou de l’ironie. Ne laissez pas cet homme volontiers autodépréciatif vous dire le contraire : Mark Eitzel est l’un des plus grands et émouvants chanteurs au monde. Il est ici bien entouré, avec un travail très réussi sur les harmonies vocales qui avantage les mélodies les plus capiteuses (Who You Are, The Victory Choir). L’homme a également une plume sûre et donne sur deux longues et magnifiques chansons la mesure de son talent à délivrer des textes volontiers narratifs (The Decibels And The Little Pills et The Windows Of The World). Ailleurs, son sens de la formule fait toujours mouche (“Just give me some hope or at least enough rope”). Premier artisan de l’immense réussite de ce disque miraculeux, Eitzel a eu l’excellente idée d’importer la meilleure chanson de son dernier album solo, Candy Ass (2005) : The Sleeping Beauty est une ballade d’une beauté solaire. Son goût pour la soul affleure souvent, comme sur la splendide All The Lost Souls Welcome You In San Francisco, chœurs et claviers en avant. Mais la tension orageuse qui se lovait au cœur de la musique d’American Music Club n’a pas disparu et nourrit certains des plus beaux moments de The Golden Age, au-dessus desquels planent des guitares charbonneuses, comme une couche de nuages menaçants (One Step Ahead, The Stars). Rien toutefois qui puisse réellement dissiper une impression de douceur, une sorte d’anticyclone pop qui protège les chansons de Mark Eitzel, notre ami américain.

Vincent Théval

article extrait de :
MAGIC RPM #120


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